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Titre du blog : Sur mes brizées
Auteur : Brize
Date de création : 23-04-2008
 
posté le 14-11-2010 à 16:25:27

"L'Elégance du maigrichon et autres pastiches", Pascal FIORETTO

     Commençons avec un petit rappel en forme de définition (parce qu’une amie à laquelle je parlais avec enthousiasme de « L’Élégance du maigrichon » m’a demandé si on avait le droit de faire ça) : 

« œuvre littéraire ou artistique dans laquelle l’auteur a imité la manière, le style d’un maître, par exercice de style ou dans une intention parodique » (Petit Robert), le pastiche est un genre littéraire à part entière, même s’il est finalement, de nos jours, assez peu représenté.

  Je ne m’étais pas intéressée à « Et si c’était niais », du même auteur, craignant (à tort) une certaine lassitude dans ce type de lecture, mais ce titre , « L’Élégance du maigrichon », compte tenu de mon amour immodéré pour l’œuvre visée, m’a tout de suite attirée lorsque je l’ai vu dans les dernières parutions en poche. Un petit coup d’œil à la table des matières a achevé de me convaincre : j’avais lu quasiment tous les auteurs pastichés (oui, même Guillaume Musso, avec « Et après… »), de quoi apprécier à sa juste valeur l’exercice de style !

  Et pour apprécier, j’ai apprécié. Sur une trame (très) vaguement policière (et qui n’a guère d’importance) permettant de retrouver ou d’apercevoir certains personnages d’un chapitre à l’autre, Pascal Fioretto a le chic pour endosser l’habit des auteurs. Il joue à la fois sur la forme et le fond, parodiant les couleurs de leur écriture aussi bien que leurs motifs thématiques. Et on reconnaît nos auteurs sans problème, mais comme on reconnaîtrait un personnage au travers de sa caricature, parce qu’en plus c’est drôle (avec quelques dérapages grivois, mais si peu).

 

  On attaque avec Christian Pignol, dans le genre roman du terroir, ce qui nous vaut des phrases truffées de mots et d’idiomes locaux (dont je me demande s’ils existent, je n’ai pas eu le courage de vérifier). Je ne pense pas avoir lu de roman de ce type mais en tout cas le pastiche correspondait pile poil à l’image que j’en avais.

  Avec « La Valse jaune des tortues-crocodiles », c’est au tour de Katherine Pancol d’en prendre pour son grade. Comme j’avais lu (sans l’aimer : eh oui, ça existe, des lectrices qui n’ont pas succombé au charme de ses romans !), le premier tome de la trilogie, j’ai jubilé en lisant le pastiche. Mais la jubilation est aussi présente quand on a aimé, la preuve avec les deux chapitres suivants : « Milliardium (tome 4) » de Zig Larsen (dont Pascal Fioretto a dû trouver que la traduction laissait fort à désirer si on en croit les barbarismes et les solécismes qui fourmillent dans son pastiche) et « Hôtel obscur des amnésies perdues » (excellent), de Patrick Modiano. Dans la foulée, « L’Élégance du maigrichon » de Muriel Burbery m’a permis de philosopher autant qu’avec le hérisson (mais au moins, là, c’était marrant).

   Après un plaisant « Louison Touletemps et le sumo rose », d’Éric-Emmanuel Schmit, j’ai, en revanche, craqué sur « Le Divin Moi Doute », de Phillipe Solers : je n’ai jamais lu de Sollers mais là, franchement, j’ai trouvé que c’était littéralement illisible, donc j’ai survolé à vitesse grand V, pour atterrir chez Guillaume Muzo, avec un chapitre délicieusement intitulé : « Où seras-tu si je reviendrais sans toi ? », doté en page de garde de l’annonce suivante qui m’a fait glousser de rire :

MESSAGE DE L’AUTEUR :

Pour ne pas gâcher la surprise,

surtout ne révélez pas la fin de cette histoire magique

à vos amis ou à Marc Lévy.

Guillaume

  Et ce petit livre désopilant finit en apothéose avec Philippe Delerme, dans « On aurait dû fermer les volets », brillantissimes et drolatiques instantanés à la manière de, petite chute comprise !

 

  Pascal Fioretto fait preuve d’un talent fou dans ses pastiches : à lire sans hésiter, pour retrouver vos auteurs préférés (ou non), un grand sourire aux lèvres !


Extraits (mais il faudrait tout citer !) :

 

Christian Pignol :

  Hélas, dans ces montagnes oubliées de toutes les routes, quand le destin frappe à la porte, c’est qu’il est déjà sur le seuil. […] C’est ainsi qu’un glacial jour de février, au cours d’un hiver comme on n’en avait pas enduré depuis bien longtemps, le père Plasson débaroula du godivot de brassage où il était monté frictionner une jarjille. Emporté par les jaumières de recoupe, il se débattit entre les pognards des jambailles, réapparut à l’aplomb des queutards, descendit à grand fracas la jambe de chien tribord, disparut entre deux meules et ne remit plus jamais les pieds au village.

 

Zig Larsen :

  MICAEL PLONGEA DANS les albums [photos] en inscrivant des notes sur des feuilles blanches. A minuit, il avait rempli quinze pages de remarques et de questions reliées par des flèches de couleurs. L’image de la journée fatidique était devenue plus claire à l’exception de quelques pièces manquantes qui refusaient obstinément de prendre leur place dans le puzzle. Quel rôle Goebbels avait-il joué dans le premier accident ? Qu’était devenu le père Plasson après sa disparition dans les eaux de la Glavoise ? Le curé du village était-il affilié à la loge P2 comme semblait l’indiquer un verset apocryphe souligné dans son missel des dimanches ? Quelle raison les services secrets suédois avaient-ils de couvrir cette affaire ?

 

Philippe Delerme :

  D’emblée, on sait qu’on a eu raison de se lever tôt. On préfère les petits matins aux grands soirs, si fatigants. On n’avait plus rien à éplucher sur la grande table de la cuisine alors on a décidé de faire des courses. On a mis des tongs aplaties au talon, un K-Way fripé de désordre, un pantalon de toile cicatrisé, au fil de pêche, à la voussure du genou, un bob Orangina.


« L’Élégance du maigrichon », Pascal FIORETTO

Éditions Pockett (185 p)

 

Commentaires

A_girl_from_earth le 06-12-2010 à 21:25:15
Grand enthousiasme aussi de mon côté pour ce roman, et pour tous les autres Fioretto aussi d'ailleurs!
*Valérie* le 20-11-2010 à 15:35:46
Ah, j'attendais un avis pour le lire. Voilà, c'est fait.
brize le 18-11-2010 à 20:46:50
@ Sophie57 : Il s'est TRES bien débrouillé avec Modiano, je trouve ! Je voulais mettre un extrait, mais pour que ce soit significatif il aurait fallu que ce soit assez long, alors autant aller voir le texte in extenso.
Cynthiaaa le 17-11-2010 à 13:09:41
Mazette la version poche est sortie rapidement ou alors c'est moi qui ne vois pas le temps passer...Merci de l'info, je n'avais pas prêté attention à l'image de ton billet Clin doeil
keisha le 17-11-2010 à 08:26:21
OK OK, j'ai relu le début... ^_^ (ouvre mieux les yeux, ma fille, me dis-je...)
sophie57 le 16-11-2010 à 23:12:10
j'avais bien aimé"et si c'était niais", j'apprends grâce à ton billet qu'il récidive, je le lirai avec plaisir à l'occasion(rien que pour voir comment il s'est débrouillé avec modiano!)
brize le 16-11-2010 à 21:18:41
@ Liliba : Vu smiley_id118669 .
liliba le 16-11-2010 à 20:22:29
Tu es taguée chez moi ce soir !
brize le 16-11-2010 à 10:38:44
@ Emmyne : Je ne te le cache pas : c’était le but !


@ Sassenach : Je confirme : pour le roman du terroir, c’était tout à fait OK, en revanche, flop avec Sollers, que je n’avais jamais lu (et ça risque d‘être la même chose pour ceux qui n’auraient pas lu Modiano ou Delerm, qui n’apprécieront pas l’exercice à sa juste valeur).

@ Gwenaëlle : Qui aiment rire… et surtout lire (car il vaut mieux qu’ils connaissent au moins une partie des auteurs pastichés) !


@ Cynthia : Mais c’est déjà un poche ! Et tu as raison, on savoure d’autant mieux qu’on (re)connaît les auteurs.
Cynthiaaa le 15-11-2010 à 22:52:12
"Si c'était niais" m'avait bien fait rire et j'ai encore " Gay Vinci Code" dans ma PAL avant d'attaquer celui-ci qui sera sorti en Poche d'ici à ce que je lise les auteurs pastichés ( ce genre de livre est d'autant plus savoureux lorsqu'on connait un minimum les auteurs visés).
Gwe(naelle) le 15-11-2010 à 13:08:01
Ah voilà une lecture divertissante... et un bon cadeau à faire à ceux qui aiment rire!
Sassenach le 15-11-2010 à 09:18:10
Je ne suis pas sûre d'apprécier l'exercice vu que je n'ai lu que deux des auteurs pastichés ! Je pense que je risque de passer à côté !
emmyne le 14-11-2010 à 22:24:43
C'est vrai que j'avais bien rigolé avec Si c'étais niais, alors là, évidemment tu me tentes Sourire
Brize le 14-11-2010 à 22:00:08
@ Kathel : Celui-ci, je l’ai acheté sans hésiter (et pourtant, tu me connais : la majorité de mes lectures proviennent des emprunts en bibliothèque) : c’est un poche, je relirai certains chapitres, c’est sûr, et je le prêterai aux copines.


@ Manu : Il faudrait que tu regardes du côté de l’opus précédent, « Et si c’était niais … » : peut-être qu’y figurent des auteurs que tu as déjà lus.


@ Liliba : Et tu as bien raison !
liliba le 14-11-2010 à 21:23:44
Je veux le lire !!!!
manu-- le 14-11-2010 à 19:25:34
J'étais vraiment tentée mais je n'ai lu pratiquement aucun des auteurs pastichés.
kathel le 14-11-2010 à 18:35:57
Ce doit être un régal... il faut que je file voir si ma bibliothèque l'a acheté ! Clin doeil1
Brize le 14-11-2010 à 18:21:19
@ La Sardine : On est d’accord !


@ ICB : Oui, ce bandeau m’a moi aussi laissée dubitative… mais comme j’ai du mal à croire à la version de l’erreur (c’est trop gros), on va dire que c’est aussi un pastiche !


@ Keisha : Point n’est besoin de me signaler quoi que ce soit Sourire : je le sais très bien, tout ça, puisque je le rappelle au début de mon billet (c’est ma copine, qui l’ignorait et à laquelle je l’ai expliqué et du coup je me suis dit qu’il y avait sûrement d’autres lecteurs dans son cas) : je n’ai pas lu les pastiches de Proust et de Flaubert mais j’en connais parfaitement l’existence.
keisha le 14-11-2010 à 18:01:54
Géraldine est fan de l'auteur (nous l'avons rencontré fin août; il est charmant) et m'a convaincue de le lire. merci du rappel, ls extraits sont croquignolets...

Et je te signale qu'il n'est pas interdit d'écrire des pastiches, sache que Proust en a écrit de bien réussis (Flaubert et autres) que je t'invite à découvrir!
In Cold Blog le 14-11-2010 à 17:32:33
Ce genre d'exercice quand il est bien fait est effectivement réjouissant.

Une chose m'étonne : le texte du bandeau imprimé sur la couverture de la version Pocket : L'élégance du maigrichon, par l'auteur de L'élégance du maigrichon. Ah oui ? smiley_id119175 Ils ne relisent jamais leurs B.A.T. chez Pocket ? (à moins que ce soit de l'humour au xième degré, auquel cas, c'est trop subtil pour moi).
la-ronde-des-post-it (lasardine) le 14-11-2010 à 17:14:37
c'est clair qu'il faudrait tout citer!!

ce Fioretto est trop trop fort!!!