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Titre du blog : Sur mes brizées
Auteur : Brize
Date de création : 23-04-2008
 
posté le 17-02-2011 à 21:25:01

Exposition William Vance à Versailles (jusqu'au 23 février)

    J’ai eu la chance d’assister samedi 5 février à une interview de William Vance, le dessinateur de bande dessinée autour duquel une exposition est organisée actuellement à Versailles (après celles sur Pellerin puis Juillard).

   L’interviewer était Guillaume Pahlawan, commissaire de l’exposition et il a mis à profit ces 45 mn d’entretien pour retracer la carrière de ce grand artiste de la BD, qui a eu la gentillesse de venir spécialement d’Espagne, où il vit, pour cette rencontre.

 

   Né en Belgique en 1935, William s’appelait alors (bon, vous me direz que ça n’a pas changé, c’est toujours son vrai nom) van Custen , nom qui se prêta plus tard à la transformation en pseudo Vance (à partir de van C, pas très heureux à l’oreille et parce que la mode était aux pseudos basés sur les initiales des auteurs). Tout petit déjà (et parce qu’il était belge et baignait donc dans la culture BD), il avait décidé de devenir dessinateur de BD, plus précisément c’est à 10 ans et en regardant, chez ses grands-parents, l’album « Tintin au Congo » qu’il affirma son ambition.

   A 15 ans, William entre aux Beaux-Arts à Bruxelles, pour en sortir à 17 ans seulement. Il reconnaît que ses facilités en matière de dessin ne l’ont pas poussé à étudier longtemps, alors que cela lui aurait été utile. Mais comme il était un excellent imitateur, il n’a eu de cesse de combler ses lacunes éventuelles en allant regarder chez les autres comment pouvait être exécuté tel ou tel élément.

   Il fait ses premières armes dans la publicité, en illustrant des pubs de frigos, de voitures etc. et apprécie de pouvoir s’entraîner de cette manière. Il gardera pendant un temps un pied dans la publicité, alors même que son activité aura sérieusement démarré dans la BD, préférant avoir deux fers au feu, principe de précaution qui sera le sien pendant le reste de sa carrière.

   En 1962, il se marie avec Petra, qui deviendra la coloriste attitrée de tous ses albums (il a plusieurs fois, au cours de l’interview, salué la qualité de son travail et l’attachement existant au sein de ce couple soudé par le cœur et une passion commune était perceptible).

 

   Entre 1962 et 1964, il compose ses premiers récits de bande dessinée, 4 pages au sujet d’un personnage plus ou moins célèbre, qui paraissent dans le magazine Tintin. Il y en aura environ 60 au total et à la même époque il dessine aussi des illustrations pour des contes.

   Sa première série, sur un scénario de Duval, est consacrée à un corsaire, « Howard Flynn ». Il se lance seul dans la deuxième, « Ringo », un cow-boy cette fois-ci.

   En 1936, il est abordé par Greg (connu en France essentiellement comme le père d’Achille Talon) pour dessiner la série « Bruno Brazil », l’histoire d’un agent secret, plus complexe qu’on ne le croit. Au bout d’un moment, Vance trouve qu’il y a un peu trop de personnages (les membres du commando entourant Bruno Brazil, si j’ai bien compris), du coup il suggère à Greg d’un liquider quelques uns. Greg le prend au mot mais après, ajoute Vance en se marrant (et la salle avec lui), « il a mis la gomme ! » et les blessés et les morts ont commencé à s’accumuler autour du héros.

   Vance souligne l’importance qu’a revêtue pour lui la prépublication de toutes ses séries (18 albums au total) dans le magazine « Femmes d’aujourd’hui », « Bob Morane » en particulier, une série qu’il a reprise, au rythme soutenu d’une planche par semaine.

   Il quitte la Belgique pour l’Espagne, dont il tombe amoureux, raison pour laquelle il crée la série historique « Ramiro », une histoire médiévale espagnole très bien documentée.

 

   Plus tard, et alors que Greg, parti pour les USA, avait arrêté « Bruno Brazil » et que Vance avait achevé « Bob Morane », il est mis en contact avec Van Hamme (scénariste de la série « Thorgal », déjà lancée). C’est ainsi que démarre « XIII », en prépublication dans Spirou puis chez Dupuis, avec un tirage de 12000 exemplaires pour le premier volume, en 1984 (époque à laquelle j’ai découvert la série). La suite, on la connaît : à partir du tome 4, les tirages sont en augmentation exponentielle, au point d’atteindre, pour les derniers, les chiffres records de 450 000 (entre temps, je m’étais un peu lassée, trouvant que l’auteur tirait trop sur la corde et faisait à tort traîner son récit en longueur : même lui le reconnaît, qu’il n’a pas toujours été au top, si j’en crois ce qu’il dit dans le documentaire sur la série vu ultérieurement).

   A noter que, dans le tome 1, le pays où se déroulait l’action n’était pas précisément situé. C’est Vance qui a insisté pour que la BD soit réaliste et se passe aux USA, sinon, selon lui, ça ne fonctionnerait pas. A l’époque, les documents dont il avait besoin pour que ses dessins collent le plus avec la réalité n’étaient cependant pas aussi faciles à se procurer, a-t-il souligné, que maintenant avec internet.

   Sa collaboration avec le scénariste Van Hamme n’a jamais présenté de difficulté, chacun respectant le travail de l’autre et lui faisant entièrement confiance. En gros, deux appels téléphoniques par album suffisaient.

   Avec « XIII », donc, le succès arrive (14 millions d’albums vendus). Mais Vance vit en Espagne, déjà isolé. « Je me tiens peinard », précise-t-il avec bonhomie. Il reconnaît pourtant que, à une période, il frôle la dépression, traînant devant des pages à dessiner alors que les éditeurs sont pressés de faire sortir des albums.

 

   Mais le dessinateur visiblement heureux d'être présent parmi nous n'avait rien de triste. Souriant, il affichait, malgré la fatigue due à des ennuis de santé auxquels il a seulement été fait allusion, un sens de l'humour manifeste, ponctuant de petites remarques malicieuses l'évocation de son parcours. Ainsi lorsqu'il a tenu à remercier les collectionneurs présents dans l'assemblée, qui avaient prêté les  planches présentées dans l'exposition (Vance en a réalisé 4000  au total ), car, a-t-il affirmé, « ils les traitent mieux que moi ! ».

 

   J’ai complété cette belle interview en allant voir l'exposition. Passage rapide compte tenu de l'affluence, complété par une visite tranquille quelques jours plus tard. Consacrée pour moitié à XIII, elle regorge de planches originales à l’encre de chine. Dans une salle annexe, j’ai pris le temps (52 mn très précisément) de regarder l’intéressant documentaire consacré à la série XIII.

 

   Une expo qui mérite un détour de la part des amateurs, à voir jusqu’au 23 février (tous les détails pratiques ici).

 

Commentaires

choco (et son grenier) le 20-02-2011 à 13:51:12
Bel historique du dessinateur !