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Titre du blog : Sur mes brizées
Auteur : Brize
Date de création : 23-04-2008
 
posté le 27-02-2011 à 12:17:10

"Jeunes femmes en uniforme", Tereska TORRES

Présentation de l’éditeur :

   Caron, Nellie, Muriel et les autres font partie de ces femmes qui ont tout quitté pour rejoindre le général de Gaulle à Londres. Elles ont vingt ans, parfois moins, sont bretonnes, parisiennes, paysannes, journalistes et sont les premières engagées des Forces françaises libres. Conscientes que la mort peut les faucher à chaque instant, fières de contribuer à l’effort commun, la guerre, l’urgence et les rencontres nées de l’exil vont leur faire découvrir une nouvelle vie…

   Ce roman, publié aux Etats-Unis en 1951, provoqua un scandale lors de sa publication, parce qu’il décrit la vie de plusieurs jeunes femmes soldats et ne les représente pas en images d’Epinal. L’auteur, à l’époque, par crainte de choquer également, ses compatriotes, s’était opposée à une parution en France. Elle le fait aujourd’hui dans une version française originale et inédite. Elle y dresse le portrait nuancé de quelques jeunes filles qui firent preuve d’un courage quotidien remarquable pendant le Blitz en 1940 et 1941.


   A dix-neuf ans, Tereska Torrès est l’une des premières à s’engager à Londres dans les Forces françaises libres. Elle y rencontre Georges Torrès qu’elle épouse le 24 mai 1944. Engagé dans la division Leclerc, il est tué sur le front des Vosges. En 1948, elle se marie avec l’auteur américain Meyer Levin. Tereska Torrès a raconté ses années de guerre dans son journal Une Française libre. On lui doit également de nombreux romans.

 

   J’étais curieuse de découvrir cette facette de la seconde guerre mondiale, la vie des volontaires françaises en Angleterre alors que la France est sous l’Occupation. Malheureusement, l’intérêt et la richesse du matériau ne suffisent pas à faire un bon roman. « Jeunes Femmes en uniforme » m’a déçue par la pauvreté de son style et, plus généralement, le manque d’envergure de la narration

   Certes, tout est évoqué, mais j’attendais des descriptions fortes, aussi bien de l’environnement matériel (les ravages du Blitz dans Londres) que de l’état d’esprit des personnages (les émotions habitant ces jeunes filles exilées en Angleterre pour servir leur pays) et j’ai trouvé que l’auteur peinait à restituer tout cela. Je n’ai perçu que des images et des sentiments en pointillés.

   L’auteur s’attarde sur les troubles adolescents d’Ursula (seize, ans, elle a menti sur son âge en s'engageant) qui s’éveille à l’amour auprès d’une femme plus âgée, mais de ces émois je n’avais cure. Les autres protagonistes ne sont qu’esquissées, leur vie au quotidien et leurs amours aussi, alors que toutes ces femmes me paraissaient détenir un inépuisable potentiel romanesque : elles sont confrontées à l’exécution routinière de leurs tâches dans une situation extraordinaire dont elles s’imaginent au début qu’elle sera de courte durée, avec cet espoir persistant de la création d’une deuxième ligne de front, qui tardera tant à venir.

   Au lecteur de suppléer à ces carences en faisant travailler son imagination à partir des éléments qui lui sont fournis. Parfois, cependant, affleure dans le roman ce qu’on aurait aimé y trouver plus souvent, davantage de profondeur dans le propos, l’évocation de ces mouvements du cœur qui rythmaient la vie de chacune de ces femmes au parcours d’exception, comme dans ce passage :

   « Les aventures amoureuses de ses amies prenaient tant d’importance parce qu’elles étaient coupées de leur passé.

   Ce passé de jeune fille, autrefois dans une autre vie, semblait avoir été un rêve. Une existence sans guerre, sans rationnement i bombardements, ni black-out. Elles parlaient parfois entre elles dans les chambrées, se souvenant de ce temps où l’on pouvait ouvrir les fenêtres lorsque la lumière était allumée, où l’on mangeait des œufs frais, des oranges. Elles en parlaient comme des naufragées attendant l’arrivée, au large, d’un navire »

Ou bien dans celui-ci,

   « Avec les deux filles de garde sur le toit, elles contemplent un brasier monstrueux qui s’élance vers le ciel, du côté des docks une épaisse fumée noire : la rue des journaux brûle.

   Elles regardent ce Londres héroïque qui résiste à Hitler.

   En bas, près de la cuisine, d’autres femmes attendent en silence la fin du bombardement.

   Un sentiment de fierté immense déborde de toutes les femmes.

   C’est pour cela que je me suis engagée. »

 

   Ce roman n’a donc pas répondu à mes attentes mais je n’en ai pas pour autant terminé avec Tereska Torrès. Je compte en effet m’intéresser (et ce d’autant plus facilement qu’il figure au catalogue de ma bibliothèque) au journal qu’elle avait tenu de 1939 à 1945, « Une Française libre » (paru aux éditions Phébus), en espérant qu’il me conviendra mieux.

 

« Jeunes Femmes en uniforme », Tereska Torrès

éditions Phébus, domaine français (187 p)

Paru en février 2011

 

Commentaires

Nanne le 12-03-2011 à 19:43:05
Je me doutais un peu de la banalité contenue dans cet ouvrage, alors que le thème était porteur. J'en ai lu quelques passages à la librairie et cela ne m'avait pas convaincue ... Pour une fois, j'ai eu de la chance ! Je pense que son journal est beaucoup plus intéressant.
Béné le 11-03-2011 à 08:00:41
Je m'étais dis que je le lirais mais là tu me refroidis un peu !
brize le 05-03-2011 à 20:41:31
@ Sassenach et Aifelle : peut-être seriez-vous moins sévères que moi, à voir...
Aifelle le 28-02-2011 à 06:58:43
Quel dommage ! le sujet était pourtant riche de promesses.
Sassenach le 27-02-2011 à 14:05:22
Flûte, l'idée de départ me tentait bien mais vu ce que tu en dis, je suis déjà nettement moins enthousiaste !!! A voir s'il est à la biblio quand même !