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Titre du blog : Sur mes brizées
Auteur : Brize
Date de création : 23-04-2008
 
posté le 06-05-2008 à 19:20:52

« Tout ce que j’aimais », de Siri HUSTVEDT

  Au soir de sa vie, Léo, professeur d’histoire de l’art, revient sur son passé, dans les années 70, à New-York.

Alors qu’il était âgé d’une quarantaine d’années, il fit la rencontre de Bill, artiste peintre novateur. Bill était marié à Lucille et Léo à Erica.

Les deux couples se fréquentent, en même temps que l’amitié entre Bill et Léo s’affermit. Leurs enfants, Matt et Mark, naissent à peu près à la même époque. A Lucille succèdera Violet, ancien modèle de Bill, mais les liens entre ces quatre principaux protagonistes du roman, dont les deux enfants sont eux aussi amis, ne cesseront de se consolider.

 

Pendant les deux-tiers du livre, la chronique des couples s’articule autour de deux axes.

L’axe majeur est représenté par l’œuvre de Bill, qui, avec le temps, dépasse largement le cadre pictural néo-figuratif initial. Bill fait partie de ces artistes contemporains dont l’art ne peut être circonscrit à une dimension unique : ses œuvres mêlent peinture, collages de toute sorte, s’insèrent à l’intérieur de quatre dimensions, boîtes en planches ou cubes de verre…Elles traduisent bien sûr, mais de manière énigmatique, la vision du monde de l’artiste. Léo prolonge cette création en faisant office de critique d’art au moment des expositions. Chaque période artistique de Bill est soigneusement présentée et, malgré leur intérêt (tant artistique que psychologique), les descriptions minutieuses des œuvres réalisées m’ont, par moments, lassée.

L’axe secondaire est celui des recherches universitaires de Violet, qui prépare une thèse sur l’hystérie à la fin du 19ème siècle, recherche dont l’œuvre de Bill se fait parfois l’écho et qui, surtout, entre en résonance avec un questionnement approfondi sur la place de la femme et plus généralement de l’individu dans la société contemporaine.

Le dernier tiers du roman tourne davantage autour du personnage de Mark.

 

L’ouvrage se focalise d’une part sur des êtres de chair et de sang, que la vie n’épargne pas et dont il dessine avec finesse les contours, tout en continuant à affirmer leur irréductible opacité et d’autre part sur l’environnement artistique dans lequel ils évoluent. Même si le lecteur, comme moi, connaît peu l’art contemporain, il trouvera les analyses intéressantes et elles sont susceptibles de rejoindre les interrogations que lui-même a déjà eues en la matière : quelle est la part de la vérité humaine dans ces œuvres et celle du charlatanisme à l’affût du sensationnel (ici, il n’est pas question de Bill, mais d’un autre artiste évoqué dans le roman), quelle est la frontière entre l’œuvre d’art et la captation brute de la vie…

Le dernier tiers du roman, sans contredire les aspects évoqués ci-dessus, se penche davantage sur la psychologie d’un personnage, enraciné dans l’époque actuelle, dont il est peut-être l’emblème.

 

Roman particulièrement dense, très bien écrit, « Tout ce que j’aimais » m’a globalement intéressée, mais je reconnais que j’aurais facilement pu en interrompre la lecture (si je ne m’étais pas sentie un peu obligée de la poursuivre afin de pouvoir en faire le commentaire au sein du cercle de lecture où je l’ai emprunté). Peut-être est-ce dû à un fil narratif que je n’ai pas trouvé assez tendu (sauf dans le dernier tiers du livre) ou bien au fait que je n’arrivais pas à ressentir d’empathie pour certains des personnages dépeints par l’auteur, en particulier le narrateur ?

Bilan mitigé, donc, mais il s’agit là d’un sentiment très personnel, car l’œuvre est de qualité et je suis certaine qu’elle trouve un écho profond chez bon nombre de lecteurs.

 

9/06 : J'ajoute ici un lien vers l'article de Lou (plus enthousiaste que moi !), que je viens de découvrir.

 

"Tout ce que j'aimais" de Siri HUSTVEDT

éditions Actes Sud, collection Babel - 453 pages

 

Commentaires

sybilline le 18-06-2008 à 20:05:59
Comme toi, je ne me rallie pas à l'engouement général pour ce roman dont la belle écriture ne justifie pas un propos qui se veut trop dans l'air du temps et se complait dans une certaine décadence..
brize le 03-06-2008 à 20:08:56
J'aimerais lire le dernier livre de cet auteur qui vient de paraître en France, "Elégie pour un Américain", en espérant qu'il me plaira davantage. J'attends qu'ils l'aient à ma bibliothèque.
céline de enlivrezvous le 02-06-2008 à 22:10:21
Je garde un très bon souvenir de ce roman... Mais il est vrai que je trouve son mari plus doué dans la narration, dans la capacité à nous tenir en haleine. L'action est peu-être un peu trop diluée dans la réflexion.
Tamara le 06-05-2008 à 20:42:34
Je crois qu'il est dans ma PAL... j'espère qu'il me plaira davantage qu'à toi !