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Titre du blog : Sur mes brizées
Auteur : Brize
Date de création : 23-04-2008
 
posté le 16-05-2008 à 13:25:57

"Le treizième conte", un roman dans la lignée de "Jane Eyre"

   Une jeune femme, Margaret Lea, est invitée par un écrivain célèbre, Vida Winter, à s’installer chez elle pour rédiger sa biographie. Agée de plus de 70 ans, Vida Winter n’a, jusqu’à présent, dévoilé à qui l’interrogeait sur son passé que des éléments fantaisistes, racontant à chaque interview une nouvelle histoire fabriquée de toutes pièces.

   La demeure qu’elle occupe est vaste, silencieuse et mystérieuse. Quant à l’hôtesse des lieux, grande dame élégante et insolente, le lecteur, tout comme l’héroïne, se demande ce qui se cache derrière ses yeux étrangement transparents.

   Vida Winter commence donc le récit de son enfance et de son adolescence, qui va alimenter tout le roman. Parallèlement, Margaret procède à une série d’investigations visant à recouper les informations livrées par l’écrivain avec celles qu’elle recueille de son côté. En même temps, elle-même doit faire face à son propre passé. 

  Le roman alterne retours en arrière et séquences présentes tandis que le vrai visage de Vida Winter semble, peu à peu, se dessiner.

   Mais est-ce vraiment le sien ?

 

Si vous avez envie de lire un roman furieusement… romanesque, de retrouver le plaisir ressenti naguère avec « Jane Eyre » ou « Rebecca », alors « Le treizième conte » est pour vous !

On y retrouve quelques classiques du genre : manoir (hanté ?) habité par des enfants rétifs, surveillés par une domesticité bienveillante (dont la gouvernante, bien sûr), sentiments exacerbés de personnages hors du commun, passions et drames, secrets qui en cachent d’autres… auxquels s’ajoute le thème de la gémellité.

Diane Sutterfield est une conteuse de talent, au style agréable, qui sait tirer habilement les ficelles de son histoire et tenir son lecteur en haleine jusqu’au bout.

 

En même temps, dans une astucieuse mise en abyme, elle rend hommage au plaisir de la lecture (Margaret et Vida Winter sont des lectrices passionnées), en n’hésitant pas à adresser un clin d’œil complice au lecteur. J’en veux pour preuve ce passage, dont je ne peux m’empêcher de vous livrer les extraits suivants, tant je l’ai apprécié . Un docteur y  diagnostique, avec une lucidité remarquable, les maux de sa patiente et j’adore la prescription qu’il fait :

 

 (extrait)

« Le docteur Clifton vint me voir. Il m’ausculta et me posa des tas de questions.

« Insomnies ? Sommeil irrégulier ? Cauchemars ? »

Par trois fois, j’acquiesçai de la tête.

« C’est bien ce que je pensais. « Il prit un thermomètre et me demanda de me le mettre sous la langue, avant de se lever et d’aller à la fenêtre. « Et que lisez-vous ? »,  me demanda-t-il le dos tourné.

Avec le thermomètre dans la bouche, je pouvais difficilement répondre.

« Les Hauts de Hurlevent… vous avez lu ?

« – Hm-m…

« – Et Jane Eyre ?

« – Hm-m…

« – Raison et sentiment ?

« – Mm-m… »

Il se retourna et me regarda, l’air grave. « Et ces livres, je suppose que vous les avez lus plus d’une fois ? »

Je hochai la tête, et il fronça les sourcils.

« Lus et relus ? A de nombreuses reprises ? »

Nouveau hochement de tête. Et froncement de sourcils plus prononcé.

« Depuis l’enfance ? »

J’étais déconcertée par ses questions, mais le sérieux de son regard m’obligea à acquiescer une nouvelle fois.[…]

Il me retira le thermomètre de la bouche, croisa les bras, et rendit son diagnostic. « Vous souffrez du mal qui affecte généralement les femmes à l’imagination romanesque. Au nombre des symptômes, on peut citer les évanouissements, la fatigue, la perte d’appétit, la dépression. […] Toutefois, contrairement aux héroïnes de vos romans préférés, votre constitution n’a pas été affaiblie par les conditions de vie difficiles des siècles précédents. Pas de tuberculose, pas de polio dans l’enfance, pas d’environnement insalubre. Vous survivrez. »[…]

« Le traitement n’a rien de compliqué : mangez, reposez-vous et prenez ceci…, dit il en écrivant trois lignes sur son bloc, avant d’arracher la page et de la poser sur ma table de chevet, et la fatigue et la sensation de faiblesse auront disparu en quelques jours . »[…]

Arrivé à la porte, il me salua, et partit.

Je consultai l’ordonnance. D’une écriture vigoureuse, il avait écrit : Sir Arthur Conan Doyle, Les Aventures de Sherlock Homes, Prendre dix pages, deux fois par jour, jusqu’à épuisement du stock.  »  

 

Naviguant à contrecourant des modes, Diane Setterfield nous offre un roman intemporel, sensible et prenant : avis aux amateurs !

 

 

 

"Le treizième conte", Diane SETTERFIELD

éditions Plon , collection Feux Croisés

et éditions Pocket 

 

Commentaires

kp78 le 24-08-2010 à 12:08:35
J'ai mis à profit les vacances pour m'y plonger ! J'en suis ressortie ravie. J'ai aimé l'ambiance mystérieuse de ce manoir, les secrets de famille... bref un bon roman avec un du suspens.
So le 25-02-2009 à 15:13:03
j'attendaisle poche, maintenant je n'a plus d'excuses, surtout que les avis sont plutot favorables!
songes-litteraires le 12-09-2008 à 11:21:57
Moi aussi il me tente vraiment, je le réserve dans un coin de ma tête^^
brize le 05-09-2008 à 20:38:17
Il n'y a plus qu'à espérer qu'il te plaira Sourire1 !
Alwenn le 05-09-2008 à 19:47:50
Oh, la, la ! Celui-là aussi me fait de l'oeil depuis longtemps ! Et ton billet finit de me convaincre !
brize le 06-06-2008 à 13:01:15
Bon... alors on va surveiller ton blog, pour voir ce que tu auras pensé du bouquin (en espérant que ça se sera mieux passé qu'avec "Rebecca" !!!)!
Mes Bettys le 06-06-2008 à 09:39:39
Tiens , c'est justement le livre que je vais commencer Clin doeil

J'espère que j'aurais autant de plaisir qu'avec Jane Eyre (parce qu'avec Rebecca , ça s'est mal passé ). Le passage est très bien choisi pour donner envie de le lire!C'est agréable de retrouver des références à des livres qu'on a aimés!