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Titre du blog : Sur mes brizées
Auteur : Brize
Date de création : 23-04-2008
 
posté le 02-06-2008 à 08:03:46

"Le dieu des cauchemars", Paula FOX

Helen, jeune fille de 23 ans, apprend la mort de son père, qui les avait quittées, sa mère et elle, depuis 13 ans. Sa mère lui demande alors d’aller chercher sa tante, qu’elle ne connaît pas, à la Nouvelle Orléans, pour l’inviter à venir s’installer quelque temps avec elle, afin de l’aider dans la gestion des bungalows qu’elle loue.

Helen quitte ainsi  le nord des Etats-Unis, où elle avait tout le temps connu une vie sans histoire, pour découvrir un monde nouveau.

Arrivée à La Nouvelle Orléans, elle loue une chambre chez un couple sympathique et bohême, trouve un emploi de vendeuse dans un grand magasin et fait connaissance de sa tante, personnage haut en couleurs, saoule les ¾ du temps.

Surtout, elle sort enfin de l’environnement clos dans lequel elle avait vécu jusque là et s’immerge dans des sensations nouvelles, au fil de sa découverte des gens qu’elle côtoie. 

 

    Le roman, écrit à la première personne, débute dans l’ancien ranch, reconverti en une sorte de motel, où vivent l’héroïne et sa mère. Helen présente un portrait sans concession et a priori clairvoyant du tempérament de sa mère, ce qui permet au lecteur d’apprécier dès l’abord la finesse de ses analyses.

   Surtout, le style est immédiatement séduisant (en tout cas, je suis tombée sous son charme). Il reflète  le sens de l’observation de la narratrice : elle pose les mots justes sur ses sensations et rend compte  avec élégance de ce qu’elle voit,  recourant le cas échéant à des métaphores qui font mouche.

 

   Exemples dans des extraits:

    « Il m’avait mise sur une jument alezane, Felicity, lorsque j’avais trois ans. La grande bête était pour moi un paysage. Quand je regardais mon père parcourir au galop le champ de courses […], j’avais l’impression qu’il chevauchait la terre. »   

   « Ensuite, je me dirigeais vers la partie ancienne de la ville, le Vieux Carré, où le crépuscule remplissait les rues aussi lentement qu’un miel brun versé depuis le ciel.[…] Je m’arrêtais et observais les jazzmen noirs, dont les chapeaux melon tombaient, désinvoltes, jusqu’aux sourcils ; ils s’entassaient sur une petite terrasse qui semblait suspendue par l’épaisse fumée de leurs cigarettes, tandis que leurs instruments brillaient comme des filons d’or dans la peau sombre de leurs mains. »  

    « Ils ont parlé d’eux. C’était comme s’ils dépliaient les cartes de leurs vies ; ici il y a une colline, un village, un fleuve, et ici des croisements. » 


   Malgré ce coup de cœur initial, j’ai ressenti une certaine lassitude dans la seconde partie du roman (est-ce la langueur du Sud, moite et oppressant, qui déteignait sur moi ?), alors que le livre est assez court. Helen s’installe dans ses relations et le temps s’écoule plutôt au ralenti…

    En revanche, la toute dernière partie du roman, dense et qui éclaire les personnages d’un jour nouveau, a renouvelé mon intérêt. 

 

A découvrir, donc.

(à noter que Paula Fox, auteur née en 1923, a été redécouverte à la fin des années 80 et connaît depuis un incontestable succès). 


« Le dieu des cauchemars », Paula FOX

Editions Joëlle Losfeld

 

Commentaires

Le blog de Philo le 05-06-2008 à 09:30:08
C'est noté. Merci.
brize le 04-06-2008 à 18:20:31
Je ne sais pas quelle oeuvre d'elle tu choisiras, mais tu seras toujours le bienvenu pour venir nous dire ce que tu en auras pensé !
Le blog de Philo le 03-06-2008 à 23:12:18
En tout cas, langueur ou pas, votre article et les extraits choisis me donne envie de découvrir cet auteur.
brize le 03-06-2008 à 20:31:58
Tu as tout à fait raison, dans "Le désert des Tartares" l'impression de lenteur-pesanteur fait partie intégrante de l'oeuvre puisqu'elle reflète la situation des protagonistes. Elle ne m'avait d'ailleurs pas gênée.

Pour "Le dieu des cauchemars", c'est juste une sensation toute personnelle que j'ai ressentie, tu sais, quand on n'est plus, dans sa lecture, en phase avec le livre (et après, ça repart ou non).
Galate2 le 03-06-2008 à 20:24:42
La lenteur ou la langueur dans un livre peut parfois être nécessaire ainsi n'est-ce pas la lenteur et la pesanteur que l'on ressent dans "le desert des Tartares" qui rendent ce livre si passionnant?

Ceci dit, je n'ai pas ton phrasé pour exprimer ce que je ressent d'un livre...
sentinelle le 02-06-2008 à 18:14:24
Zut, j'aurai essayé Rire

Ah oui, la côte ouest; c'est... les longues plages, les surfeurs, les blondes aux seins plantureux , les... non non non, je vous assure, je n'ai jamais été fan d'Alerte à Malibu Blonde
brize le 02-06-2008 à 17:51:58
OK, Sentinelle, pour le coup de la langueur du Sud,je dis smiley_id117208! Mais comme c'est sur la côte Ouest... ça vaut pas lol_2!
sentinelle le 02-06-2008 à 15:29:56
J'avais commencé "Côte ouest" mais je crois que ce n'était pas le bon moment... je m'y ennuyais un peu aussi, j'avoue. A cause d'une certaine langueur du Sud peut-être Clin doeil

Premier contact peu concluant (parce que c'était moi, parce que c'était elle, parce que... enfin que sais-je), mais j'y ai retrouvé une belle analyse des moeurs et une jolie écriture. Bref, à retenter donc, au bon moment !
brize le 02-06-2008 à 12:40:21
Un "bon souvenir", c'est déjà pas mal, je trouve ! Pour ma part, je ne sais pas si je suis difficile, mais il me semble qu'il faut lire une bonne quantité de bouquins avant d'en trouver un pour lequel on a un "coup de coeur".
Solen le 02-06-2008 à 11:07:37
Pour ma part j'ai lu "personnages désespérés" et "la légende d'une servante" est sur ma liste A LIRE depuis un certain temps... "Personnages désespérés" m'a laissé un bon souvenir mais pas transcendant !
brize le 02-06-2008 à 08:59:44
Sauf que tu ne ressentiras pas obligatoirement la même chose que moi à la lecture !

Je n'ai rien lu d'autre de Paula Fox mais c'est le dernier paru, "Côte ouest", qui m'attirait ; comme il était sorti, j'ai finalement choisi d'emprunter "Le dieu des cauchemars".
pom' le 02-06-2008 à 08:49:00
j'ai envie de decouvrir cette auteur mais là tu coupes mon elan, en as-tu lu d'autres de Paulé Fox?