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Titre du blog : Sur mes brizées
Auteur : Brize
Date de création : 23-04-2008
 
posté le 04-07-2008 à 08:59:40

"O.N.G !", Iegor GRAN

    Julien, jeune homme de 25 ans, bègue (et aussi dyslexique, d’après moi), raconte comment il a dégotté à l’arraché un stage non rémunéré dans une Organisation Non Gouvernementale écologiste, « La Foulée verte ».

  Or c’est précisément pendant son stage que les relations de cette organisation avec l’autre O.N.G occupant le bâtiment, « Enfance et vaccin », commencent à s’envenimer.

  D’une affiche arrachée par les uns, souillée de graffitis obscènes par les autres, on glisse aux propos orduriers puis aux actes de  vandalisme sur les  voitures ou les vélos, selon le camp. Pour arriver à la Guerre. Une Guerre sans merci !

  Le tout sous le regard fasciné de notre narrateur, convaincu du bien fondé des agissements de la Foulée verte, auxquels il participe de bon cœur.

 

   Voici un livre dont j’avais entendu parler chez Pom’ (ici) et le thème joint à son avis mitigé ne m’avaient  pas du tout donné envie de le lire.

   Jusqu’à ce qu’une sympathique bibliothécaire me demande instamment de le faire : elle-même avait eu un coup de cœur pour ce livre (Grand Prix de l’humour noir 2003, quand même) mais constatait que ses lecteurs le lui rapportaient avec des mines qui en disaient long quant à leur goût pour l’humour du récit… Elle souhaitait avoir mon avis.

   Finalement, c’est par curiosité et en pensant aux diverses manières dont « Swap », lui aussi pourvu d’une bonne d’humour noir, pouvait être reçu que j’ai accepté de lire ce bref roman. 

 

   Dès l’abord, c’est le style du narrateur qui m’a frappée, en particulier sa manière (pour moi plus agaçante que comique) de remplacer tous les « bien » par « bio ».

   Le regard qu’il porte sur ses parents, chez lesquels il continue à vivre, n'est pas tendre, car ils représentent pour lui toutes les tares du capitalisme anti-environnemental.

   Par contraste, son admiration pour Ulis, patron-gourou de la Foulée verte, est sans limite. Julien est sincère, naïf et persuadé que tout ce qu’Ulis décide est « bio ».

   Le fait que les événements relatés soient vus par l'intermédiaire de ce narrateur peu mature donne tout son intérêt à l’histoire qui sans cela (du moins jusqu’à ses développements ultimes) resterait dans le domaine du satirique (dont les O.N.G. font les frais, bien sûr) anecdotique.

   Parce que Julien n’a aucune retenue, aucun sens du politiquement incorrect. Il dit tout ce qu’il voit, tout ce qu’il fait, exactement comme il le ressent (ainsi, sa description trash d’un handicapé effrayant est d’un total mauvais goût… mais hilarante) et le ridicule voire le grotesque des situations (exemple : l’inénarrable communion avec les reliques de l’Exxon Valdez !) lui échappent totalement : tout chez lui est au premier degré.

 

   C’est une des forces du récit. Une de ses limites aussi. En effet, soit on trouve ce style, cette façon de raconter, extrêmement (involontairement) drôles, soit on se contente occasionnellement d’en sourire, sans plus, ce qui a été mon cas.

   D’incidents en accidents, la lutte entre les deux O.N.G s’amplifie jusqu’à atteindre des proportions incroyables : c’est vraiment la Guerre et de l’outrance on finit par déraper dans l’intolérable.

   Le tout sans que Julien en conçoive une once de remords ! 
 

   A essayer, donc, pour qui n’a pas peur de la démesure et veut vérifier à quel point l’humour est une notion extrêmement subjective ! 

 

« O.N.G ! », Iegor GRAN

Editions P.O.L

 

Commentaires

hathaway le 03-02-2010 à 22:00:37
Je ne pense relire un jour cet auteur ou alors ce sera "Les trois vie de Lucie" mais vraiment pas en priorité !
pom' le 08-07-2008 à 13:44:39
je suis contente d'avoir ton avis, je n'ai pas du tout aimé cet humous mais comme tu le soulignes chacun a sa notion de l'humour.
Solen le 04-07-2008 à 09:09:25
Du temps où j'atis bibliothécaire, j'avais des usagers qui m'avaient dit avoir "adoré". Pour ma part, je seuis restée assez étrangère à ce récit, un peu comme toi...