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Titre du blog : Sur mes brizées
Auteur : Brize
Date de création : 23-04-2008
 
posté le 13-08-2008 à 17:54:12

"Le nom du monde est forêt", Ursula LE GUIN

 

Quatrième de couverture

 

  La planète Athshe était un vrai paradis sous le couvert de la forêt qui était le monde. Des humains y vivaient en paix, dont le corps était revêtu d'une soyeuse fourrure verte et qui ne mesuraient guère plus d'un mètre.

  Puis d'autres humains, beaucoup plus grands, la peau lisse, tombèrent du ciel et entreprirent de défricher, c'est-à-dire détruire,la forêt qui était le monde. Et ils ne se soucièrent pas plus des Athshéens que s'ils étaient des animaux sauvages, violant et tuant. Ils venaient d'un monde ruiné, surpeuplé, affamé de matières premières, de bois, de grains et de terres vierges, la Terre.

  Ceci est l'histoire de la révolte de Selver, l'Athshéen qui devint un dieu dans la légende de son peuple parce qu'il lui apprit la haine et de Lyubov l'ethnologue terrien qui sauva l'honneur de son peuple.

 

  En rupture (provisoire !) de lecture pendant mes vacances, je me suis décidée à relire (ce que je ne fais quasiment jamais) ce roman (Prix Hugo 1973, traduit en français en 1979) découvert il y a plus de 20 ans, en même temps que d'autres ouvrages de science-fiction d'Ursula Le Guin, dont je me souviens seulement qu'ils m'avaient marquée.

 

  On peut considérer cette oeuvre comme une espèce d'étude illustrée de la question suivante :

que peut faire un peuple numériquement majoritaire, parfaitement adapté à son environnement mais dont le mode de vie semble primitif, envahi par un groupe dit « civilisé », bien moins nombreux mais redoutablement armé, décidé à conquérir, en le détruisant, cet environnement ?

  Pour servir son propos, Ursula Le Guin a malheureusement recours à une figure qui m'a paru extrêmement caricaturale, celle du colonel Davidson. Aucune nuance dans sa présentation : il est sûr de lui, prétentieux, raciste, incapable d'évolution, bref odieux. Personnellement, j'ai du mal à croire en un tel personnage monolithique, mais peut-être s'agit-il seulement de naïveté de ma part. Toujours est-il que cette figure m'a gênée, parce qu'elle a une importance capitale dans le roman, dans la mesure où, à deux reprises, elle sert de déclencheur d'événements dramatiques.

  Mais, au-delà de ma réticence concernant ce personnage , sans doute emblèmatique, pour l'auteur, des tares du colonialisme , le propos du roman m'a gobalement intéressée et j'ai trouvé la narration tout comme la réflexion sur laquelle elle s'appuie efficaces.

 

  Ursula Le Guin décrit en effet un peuple fondamentalement différent du nôtre : physiquement (taille d'enfants de 6 ans, pelage vert) ; dans son adaptation parfaite à son environnement : les Athshéens sont littéralement intégrés à la forêt, ils se fondent en elle ; dans son mode de vie (structure veille/sommeil radicalement différente de la nôtre) et dans sa structure philosophico-sociale originale, bâtie sur la place accordée au monde du rêve par rapport au monde réel, le premier dûment maîtrisé pour conduire le second.

  Ce peuple est absolument non violent, c'est pourquoi il lui faut quand même 4 ans avant d'être en mesure d'envisager une réaction par rapport aux Terriens .

  Le racisme terrien est dû à la méconnaissance : l'Athshéen, renommé « créate », est qualifié d'inférieur et méprisé parce que personne (sauf l'ethnologue Lyubov) ne s'intéresse vraiment à ce qu'il est.

 

  Ursula Le Guin dresse un portrait sans concession des Terriens colonisateurs d'une planète à laquelle leur arrivée (invasion) ne peut apporter que malheur et désolation. C'est un récit dur, celui d'une révolte d'opprimés dont la violence n'est que l'écho des brutalités subies. Pas d'angélisme : les Athshéens ne sortiront pas indemnes du passage des Terriens.

 

  Le plus remarquable est de constater comment chacun des groupes s'interroge sur l'« humanité » de l'autre, nous invitant ainsi à nous demander quels sont les critères qui définissent ladite humanité.

  Un récit, à mon sens, intemporel (ce qui est souvent une des caractéristiques les plus intéressantes des oeuvres de science-fiction) et à découvrir.

 

« Le nom du monde est forêt », Ursula LE GUIN

(162 pages dans l'édition Robert Laffont 1979, collection "Ailleurs et Demain"... vous savez, celle avec les magnifiques couvertures, dont un exemple figure en tête de cet article !)

 

Commentaires

remedios caseros hemorroides le 18-01-2012 à 07:28:02
Pour servir son propos, Ursula Le Guin a malheureusement recours à une figure
remedios caseros hemorroides le 18-01-2012 à 07:10:24
le même amour de la lecture et des livres... Je découvre votre blog avec plaisir!

Marc
Fantasio le 02-09-2008 à 15:01:17
Je l'ai lu il y a longtemps (sans doute à sa sortie). J'en ai gardé un bon souvenir. Je crois (à vérifier) qu'il est disponible en "poche" mais couplé avec un autre roman.
brize le 20-08-2008 à 17:02:47
Un grand MERCI, Lou, pour cette présentation d'une oeuvre figurant comme "indisponible" à la FNAC et sur AMAZON... mais bien présente sur le catalogue du réseau des bibliothèques de ma ville, comme je viens de le constater ! Mais étant donné que c'est un pavé (pas loin de 700 pages !), on va attendre un peu pour s'y plonger !
myloubook le 20-08-2008 à 16:05:23
Je n'avais pas le temps de le chercher hier mais voilà : "la vallée de l'éternel retour". Voici le résumé sur Amazon : A lire dans l'ordre... ou le désordre, en inventant le parcours de libre découverte d'un peuple imaginaire, de son territoire et de ses coutumes, la Vallée de l'éternel retour est avant tout un fascinant roman d'ethnofiction. Dans ce texte inclassable qui signe des noces inattendues entre le réalisme magique et la rigueur de l'observation ethnologique, Ursula Le Guin donne en effet vie, langue et histoire à la vallée, un territoire d'après le Séisme, et à ses habitants, les Kesh. Merveilleuse et singulière architecture, authentique création littéraire, livre " total " et surprenant, la Vallée de l'éternel retour s'enracine dans le drame et l'émotion des origines à travers le récit de Roche Qui Raconte, un personnage de femme qui, de l'enfance à la vieillesse, connain un bouleversant destin. Et le voyage de cette héroïne à la recherche de son identité et essayant de réconcilier en elle les deux peuples dont elle est issue donne à cette oeuvre de libre fantaisie la tonalité, plus grave, des grandes fables où se narre l'aventure de l'existence.
brize le 19-08-2008 à 20:58:37
Merci, Lou !

Tu m'intrigues avec ce roman d'Ursula Le Guin publié chez Actes Sud (en particulier avec les documents imaginés que tu évoques, j'aime beaucoup l'idée). Peut-être s'agit-il de "Loin, très loin de tout" (seul titre que j'ai trouvé chez cet éditeur), mais qui semble être un ouvrage jeunesse.
myloubook le 19-08-2008 à 15:02:40
Bravo pour cette note intéressante ! J'ai lu un autre Ursula Le Guin décrivant une société disparue imaginaire mais je n'arrive plus à trouver le titre (publié chez actes sud). Très intéressant aussi, avec des documents imaginés notamment.
brize le 19-08-2008 à 14:26:11
Et je lirai ton commentaire avec intérêt !
chiffonnette le 18-08-2008 à 09:18:03
Le Guin est sans doute un peu didactique parfois mais elle reste un auteur d'une intelligence remarquable! En tout cas, je note ce titre et je vais m'empresser de le lire! ;-)
brize le 13-08-2008 à 20:48:47
Bonne question !

Et tu pointes sans doute, avec le recul de ta propre analyse de mon commentaire, ce qui globalement a dû me gêner et perturber mon plaisir de lecture (en fait, j'ai été un peu déçue par rapport au souvenir que j'avais, mais peut-être aurais-je dû relire un autre livre d'Ursula Le Guin ?).

Je n'irais cependant pas jusqu'à dire que le propos est trop didactique, mais c'est sûrement limite. Pour moi en effet, il était évident que, même si je lisais un roman, j'étais en face d'un auteur qui voulait transmettre un message.

Les personnages prinicpaux ne sont par ailleurs pas nombreux et le livre est trop court pour qu'on ait le temps de s'attacher à eux, ce qui est dommage.

Est-ce à dire que le "message" de l'auteur aurait gagné à être inclus dans un roman plus développé ? La question reste ouverte !
sentinelle le 13-08-2008 à 20:00:15
Une question me brûle les lèvres : cette lecture n'était pas trop "didactique" ?