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Titre du blog : Sur mes brizées
Auteur : Brize
Date de création : 23-04-2008
 
posté le 22-09-2008 à 11:46:02

"La Forêt d'Iscambe", Christian CHARRIERE

   It’van habite la vallée d’Emeraude, tout près de la mystérieuse et dangereuse forêt d’Iscambe. Il est le fils adoptif de Tanguy, dont la vaillance et l’aptitude au combat ont réussi à établir, dans cette vallée, une population paisible et travailleuse, alors que des bandes de brigands continuent à piller d’autres territoires.

   La civilisation dans laquelle s’inscrit son village est agricole. L’ère industrielle a en effet pris fin avec les cataclysmes nucléaires qu’elle a suscités et qui ont transformé les anciennes villes et toutes les infrastructures ainsi que les moyens de transport en carcasses inutiles et envahies par une végétation surdimensionnée, comme celle de la forêt d’Iscambe.

   Le début du récit voit l’arrivée de deux laineux, philosophes errants à la recherche des fameux archipels qui réconcilieront les humains avec eux-mêmes : le Fondeur et son disciple, Evariste. Le Fondeur veut pénétrer dans l’obscure et inquiétante forêt d’Iscambe, pour gagner une ancienne cité mythique, Paris, où il devrait trouver le secret qui le conduira au terme de sa quête.

    Mais bien des obstacles vont se dresser sur la route de ces deux pèlerins, à commencer par l’arrivée de Blanc-Pétral, chef de la blagoulette, milice chargée par le Bureau Populaire de Marseille d’éradiquer toute velléité spirituelle parmi les populations.

    La fuite des laineux entraînera à sa suite It’van, qui va se risquer à son tour, seul, dans la forêt d’Iscambe et que ses aventures conduiront, pendant un temps, à se joindre au peuple des termites …

 

    Je ne vous ai raconté là que le tout début de l’histoire et encore sans vous parler de la cérémonie rituelle qui unit le roi Tanguy à sa monstrueuse épouse, sans vous parler de sa fille Anne, ni entrer plus avant dans les ressorts de la philosophie des laineux et dans les raisons de l’opposition que lui manifeste le Bureau Populaire.

« La Forêt d’Iscambe » est en effet un roman touffu, conte fantastique sur fond de quête spirituelle, porté par une langue foisonnante et non dépourvu d’humour

 

    Certes, le roman prend place dans un monde post apocalyptique, mais on n’y retrouve pas les étendues arides et désolées auxquelles on pourrait s’attendre (comme, de mémoire, dans « Le dernier homme », de Margaret Atwood). C’est la raison pour laquelle je ne le rangerais pas parmi les ouvrages de ce type. Et, surtout, il s’en dégage une telle vitalité, un tel espoir et une telle confiance dans l’humain, qu’on n’est absolument pas dans l’errance catastrophée emblématique du récit post apocalyptique.

    Je ne parlerais pas non plus de « Fantasy », même s’il y a bien quelques nains, un marmouset et un ogre. Le livre vient effectivement d’être réédité dans la collection « Points Fantasy », mais je trouve réducteur de le classer dans cette catégorie : d’ailleurs, je n’aurais pas été le lire si je l’avais vu présenté ainsi car la fantasy ne m’attire pas plus que ça.

 

    C’est donc un conte fantastique, avec des personnages qui vivent des aventures palpitantes et parfois cruelles, car ils sont guettés par de nombreux dangers, humains, végétaux ou animaux. Christian Charrière crée une nature extraordinaire où se côtoient : une gigantesque fleur carnivore, une femme-arbre, des limaces, termites, fourmis et libellules géantes etc, le tout formant un  incroyable et surprenant bestiaire imaginaire. 

 

    Ce conte fantastique est profondément enraciné dans une quête spirituelle. A ce titre, on pourrait même parler de conte initiatique.

Chaque événement qui survient possède en effet une explication psycho-philosophique, voire religieuse, au sens où la religion est l’aspiration au supra humain enracinée dans les profondeurs secrètes de l’âme. Les aventures n’ont pas lieu que pour elles-mêmes (ce qui n’ôte rien à la puissance narrative du roman) mais s’inscrivent dans un cheminement (au sens propre et figuré) qui les justifie. Une fois de plus, on pourra aussi parler de roman d’apprentissage, puisque deux des héros, It’van et Evariste, sont de jeunes hommes qui sortiront modifiés et, en quelque sorte, « accomplis » de l’histoire.  

 

    Tout cela ne serait rien sans la langue utilisée par l’auteur, une langue travaillée, aux accents anciens (le recours au subjonctif n’est pas rare), dont la richesse et la luxuriance reflètent celles de la forêt. Les mots créés de toutes pièces foisonnent et le lecteur se meut au milieu des clapattes, des choupins et autres flamours, autant d’appellations que l’auteur s’est visiblement beaucoup amusé à inventer, en même temps qu’il se plaisait à créer des noms propres  imagés, comme celui de Blancheboudine, la reine des termites.

 

    Parce que, s’il est bien question d’aventures spirituelles, de recherche de l’unité essentielle du vivant, celle qui relie le moi profond enraciné dans la terre maternelle à ses aspirations supérieures, l’humour vient régulièrement ponctuer le récit. La description des choupins hermaphrodites, la manière dont Evariste se met à vouer un culte aux stations services et crée autour d’elles tout un édifice philosophico-religieux, les déboires du roi des termites résolus par le traitement psychanalytique apporté par It’van… autant d’exemples de la distance que l’auteur n’hésite pas à prendre avec son sujet, ajoutant un aimable grain d’auto dérision pour pimenter son œuvre.

 

     J’ai plongé avec délice dans ce roman d’aventures à nul autre pareil, retrouvant le plaisir qu’on peut avoir, enfant, à écouter le récit de contes dont les rebondissements nous tiennent en haleine.

    Je vous recommande d’en découvrir au moins le début (même si je l’ai beaucoup aimé, je ne pense pas que, du fait de son originalité, il puisse plaire à tout le monde) : si vous accrochez, n’hésitez pas et partez pour un inoubliable périple !

 

   Extrait de la page 2 (le genre de passage qui m’indique que je devrais aimer le livre !) avec ce très beau portrait d’It’van :

« It’van a vingt-deux ans. Il est vêtu d’une tunique jaune lui arrivant aux genoux et laissant à déouvert ses bras nus. Il porte en bandoulière une besace de cuir […]. Sa main brandit un arc et des flèches. Son visage annonce la franchise, la force, mais aussi l’incomplétude. Un être mystérieux – et comme futur – semble lové en lui, qui attend l’instant favorable pour se déployer et se montrer à la clarté du jour. It’van est en formation et sur le chemin du rassemblement. Il est un pur devenir, une fenêtre où s’accoudera l’homme nouveau qui patiente dans la chambre. Une fenêtre, oui, une haute fenêtre, car ile est d’imposante stature, mesurant à peine moins de sept pieds, précise silhouette physique qui semble enveloppée d’une autre et imprécise silhouette : celle formée par la lumière qui émane de lui, gangue impalpable et mouvante que seuls le sommeil ou la mort peuvent altérer. » 

 

C’est l’enthousiasme de Chiffonnette qui m’a convaincue de porter mes pas vers la Forêt d’Iscambe !

 

"La Forêt d'Iscambe", Christian CHARRIERE

éditions Phébus, libretto (403 p)

et aussi en Points Fantasy

 

Commentaires

brize le 24-09-2008 à 18:17:35
@ Liliba : Tu devrais le trouver sans difficulté en bibliothèque et après, plus qu'à essayer !

@ Fashion et Isil : Eh oui, que de tentations sur les blogs !

@ Karine : C'est vrai que la couverture... bof !

@ Pom' : Oui, je pense effectivement qu'il peut te plaire !

@ Lucile : Tout à fait adapté, à mon avis, dans le cadre de ton "initiation" au fantastique !
Lucile le 24-09-2008 à 10:08:57
C'est vrai que ton billet fait sacrément envie! Je découvre avec délectation le monde du fantastique, et ce roman qui a l'air d'en faire partie "mais pas que", me paraît tout à fait approprié pour continuer ma découverte!
pom' le 24-09-2008 à 07:30:32
c'est le genre de recit qui peut me plaire, je note, merci
Karine :) le 23-09-2008 à 23:30:14
J'étais déjà très tentée chez Chiffonnette... je le suis encore plus! Pourtant la couverture ne me disait rien au départ!
Isil le 23-09-2008 à 20:31:10
Je le rajoute à ma liste à lire.
fashion victim le 23-09-2008 à 18:53:51
ouh, ça fait envie!!!!
liliba le 23-09-2008 à 09:15:31
Pas du tout le genre de livre que je lis habituellement, mais après un tel billet, comment résister ??? Je le note donc et m'en vais samedi matin faire un tour à la bibli...
brize le 23-09-2008 à 08:00:57
@ Amanda : Eh oui, j'ai beau renâcler devant l'appellation "fantasy", il y a certains "ingrédients" hors du commun et je peux comprendre que ce ne soit pas ta tasse de thé !

@ Chiffonnette : Il m'a plu au point que je l'ai commandé (en collection Phébus), ce que je ne fais que lorsqu'un livre lu à la bibliothèque m'a vraiment marquée !

@ Leiloona : Et celui-ci ne se lit pas en cinq minutes car les pages sont bien denses !!!

@ Nina : Si, avec ce que j'en ai dit, il t'attire, il y a des chances qu'il te plaise. A confirmer !
Ninabrigitte le 22-09-2008 à 23:18:22
Je note ce livre il me semble que je vais aimer.
Leiloona le 22-09-2008 à 23:16:57
La couverture et le titre ne m'auraient pas attirée, mais ta description me donne envie de découvrir ce livre.

Punaise ... j'en note tellement ! smiley_id239914
chiffonnette le 22-09-2008 à 21:36:21
Je suis ravie que cette lecture t'ai plue! J'avais été suduie comme toi par ce mélange d'humour, de réflexion et d'aventure!! Un mélange dont l'alchimie fonctionne alors que ce n'était ps gagné!!
amandam le 22-09-2008 à 14:01:46
tu me donnes presque envie.... mais même un seul ogre, c'est trop pour moi, je crois Clin doeil