VEF Blog

Titre du blog : Sur mes brizées
Auteur : Brize
Date de création : 23-04-2008
 
posté le 01-09-2008 à 19:11:06

"Sagan à toute allure", Marie-Dominique LELIEVRE

Françoise Sagan,  personnage qui  défrayait la chronique, ne m’a pourtant jamais spécialement intéressée. Un peu, sans doute, parce qu’elle appartenait à la génération de mes parents. Beaucoup parce que son œuvre ne m’attirait pas. Et aussi parce que, d’une manière générale, je considère que c’est l’œuvre qui importe et non son auteur.

 Cette année, néanmoins, victime (consentante) de la déferlante Sagan, j’ai daigné me pencher sur cet auteur. Après avoir découvert avec plaisir « Bonjour tristesse », je me suis plongée dans la biographie rédigée par Marie-Dominique Lelièvre.

 

   M-D Lelièvre a pris le parti d’une biographie kaléidoscopique, en complément de biographies exhaustives classiques existant déjà.

    Il y a, bien sûr, une trame chronologique avec, en fil conducteur, la série d’entretiens qu’a eus l’auteur avec Florence Malraux, amie d’enfance (et de toute la vie) de Françoise Sagan.  Mais, à mon avis, le point fort de l’ouvrage est d’être parsemé d’analyses qui permettent d’éclairer l’individu et (mais en partie seulement) son œuvre de manière très pertinente.

   M-D Lelièvre explique ainsi comment le personnage Sagan s’est ancré dans son époque. En effet, lorsque Françoise Sagan, toute jeune fille, arrive sur la scène littéraire, en 1954, le groupe social  des « jeunes » n’existe pas encore. Mais à cette période, aux Etats-Unis, apparaissent James Dean, Elvis Presley qui amorcent un changement radical en la matière… La construction par l’éditeur, aidé des médias (Paris Match surtout) de l’image Sagan (comme écrivain "people" dirait-on maintenant), s’opère dans ce contexte et aussi en réaction à la guerre qui s’est achevée depuis peu.

   A cette analyse initiale en succèdent d’autres, concernant notamment :

- l’évolution du roman français après-guerre (avec l’apparition du Nouveau Roman) et l’absence significative de tout roman mettant en scène les Français sous l’Occupation et pendant la guerre en général (analyse reprise à Francine de Martinoir)

- le choix limité des thèmes dans l'œuvre de Sagan : la vision qu’elle eut, enfant, des charniers des camps de concentration l’aurait profondément traumatisée ; elle était en effet à l’âge où aurait dû se fixer en elle la notion de différence radicale entre le bien et le mal, or ici le mal se trouvait, de manière incompréhensible, atrocement banalisé ; sa  volonté de ne pas se risquer sur certains terrains dans le roman en découlerait ("Ni dans sa vie ni dans son oeuvre Sagan ne s'est autorisée à explorer les secrets du passé et à écrire sur la honte, l'humiliation, le déshonneur, l'insensibilité coupable, limitant probablement son talent.")

- le style (au sens littéral) de ses  romans : un universitaire de la Sorbonne en effectue une analyse stylistique au demeurant fort élogieuse (alors que Sagan continuerait d’après lui à ne pas faire l’objet d’études universitaires)

 

   Pour ma part, je ne connaissais quasiment rien à la vie de Sagan, j’arrivais donc sans idée préconçue et j’ai apprécié ce livre : il se lit facilement (mais la fin m’a un peu pesé, parce que les dernières années de la vie de Sagan sont pénibles) et dresse un portrait de l’auteur qui m’a semblé complet et plutôt impartial, même si on sent bien que la biographe s’est attachée à l’objet de son étude (ce qui ne déteint pas forcément sur le lecteur ). 

 

  En revanche, la place de l’écriture dans la vie de Françoise Sagan n’est qu’effleurée. On sait qu’elle écrit en gros un livre par an (sans qu'il nous soit présenté), durant toute la période où elle écrit, c’est tout : il n’y a pas d’analyse d'une éventuelle progression dans ses thèmes, dans sa manière de travailler etc., alors que j'aurais aimé profiter de la biographie pour survoler l’œuvre (dont j'avoue ne pas trop avoir l’intention de poursuivre la découverte). On apprend aussi qu’elle lit beaucoup, sans que nous soit précisée la teneur de ses lectures. Mais ces réserves ne me sont  venues qu’après coup : en cours de lecture, je n’y ai pas pensé.

 

   Au final, une biographie intelligente et percutante qui a su retenir mon attention. 

 

"Sagan à toute allure", Marie-Dominique LELIEVRE

Editions Denoël (337 p)

 

Commentaires

brize le 24-09-2008 à 18:32:10
@ Levraoueg : Peut-être n'aurais-je pas non plus eu trop envie de lire la biographie de Sagan si j'avais vu le film avant.

Sinon, je ne connais pas non plus M.D Lelièvre comme romancière.

@ Nina : Oui, cette biographie m'a paru vraiment pas mal.
Ninabrigitte le 22-09-2008 à 23:23:17
J'ai fait comme toi, je connaissais très peu Sagan et puis j'ai vu le film et bien sur j'ai voulu en savoir plus j'ai lu quelques romans et cette bio que j'ai trouvé vraiment bien aussi par contre j'ai pas fait d'article sur mon blog..

Je te ferais signe si je vais de nouveau à Paris car c'était sympa cette rencontre j'ai beaucoup apprécié vraiment.
Levraoueg le 06-09-2008 à 13:41:45
J'ai aussi emprunté ce livre peu après avoir vu le film de Kurys, mais je n'ai finalement fait que le feuilleter, lisant un passage par-ci par-là. Le livre n'est pas en cause, j'ai eu l'impression que c'était plutôt une bonne biographie, Mais en fait je ne raffole pas du genre... Ici ce que j'ai trouvé étonnant et intéressant c'est cette forme d'enquête que prend la biographie. Car on suit la biographe allant interviewer les différents personnages de la vie de Sagan, dire "je", retranscrire des dialogues, enfin bref habiter son livre. Et comme elle est aussi romancière, ça me donne assez envie d'aller voir du côté de ses propres livres plutôt que du côté de ceux de Sagan...
brize le 03-09-2008 à 11:35:36
@ Céline : Oui, le personnage mérite un détour !

@ Cathulu : Ah, l'importance des couvertures ! C'est vrai que cette photo de Sagan est très naturelle, c'est rare d'arriver à photographier/capter quelqu'un de cette manière.
cathulu le 02-09-2008 à 16:40:59
J'aime beaucoup la couv'!
céline de enlivrezvous le 02-09-2008 à 16:19:07
J'ai essayé de lire Bonjour Tristesse mais je n'ai pas accrocher avec le style de Sagan... Mais c'est vrai que le personnage est assez intrigant !