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Titre du blog : Sur mes brizées
Auteur : Brize
Date de création : 23-04-2008
 
posté le 24-04-2009 à 13:41:28

"Il est parmi nous", Norman SPINRAD

 Présentation de l'éditeur :

   Qui est vraiment Ralf, le "comique venu du futur" ? Et pourquoi "Le Monde selon Ralf", le talk-show qu'il anime à la télévision, est-il de plus en plus amer? Quand Texas Jimmy Balaban, son agent, l'a découvert sur les planches d'un café-théâtre de troisième zone, il était pourtant d'un drôle...

   Dexter D.Lampkin, un écrivain de science-fiction désabusé, et Amanda Robin, qui joue les coaches mystiques, pensaient avoir bien peaufiné le personnage. Le problème, c'est que Ralf ne sort jamais de son rôle. Comme s'il était son rôle. Comme s'il venait vraiment du futur... et quel futur !

   Le pire que vous puissiez imaginer : la biosphère a été dévastée, l'air est irrespirable, et les derniers représentants de l'espèce humaine se sont réfugiés dans des centres commerciaux pressurisés. En un mot, l'homme survit sur le vaisseau devenu fou d'une planète morte qu'il n'a pas su sauver.

   Ralf a-t-il été envoyé dans le passé pour réveiller nos consciences ? Est-il celui dont nous avons besoin pour traverser l'inévitable "crise de transformation" que nous devons affronter ? Car ce qui est, est réel. Et nous ne pourrons y échapper.

 

   Une telle présentation de l'éditeur (et, en première approche, elle correspond parfaitement au contenu) m'a attirée et je me suis dit que ce roman aurait aussi l'avantage de me permettre de découvrir Norman Spinrad, auteur de SF réputé mais dont je n'avais jusque là rien lu.

   Malheureusement, ce thème que je trouvais très porteur a été traité de telle sorte qu'il a fini par perdre tout intérêt à mes yeux .

 

   Commençons malgré tout par les points que j'ai trouvés positifs. Les trois personnages principaux (je laisse de côté Ralf, par nature intriguant et un autre protagoniste sur lequel je reviendrai plus tard), à savoir Texas Jimmy Balaban, Amanda Robin-von Staulenburg (elle change de nom en fonction du rôle social qu'elle joue) et Dexter D. Lampkin, sont suffisamment bien campés pour être, chacun dans leur genre, très crédibles : j'ai apprécié leur portrait tout en finesse et la manière dont était planté leur cadre de vie (en particulier la maison perdue dans la nature d'Amanda !). Idem pour l'environnement californien et hollywoodien : on s'y croirait !

 

   Quid du reste et de l'intrigue à proprement parler ? Disons que sa progression, dont j'ai douté pendant un long moment, apparaît réelle au moins dans la seconde partie : on part bien d'un point A pour aller à un point B, mais il ne faut pas être pressé et surtout pas s'attendre à du spectaculaire à l'arrivée... Et pour ce qui est d'une réflexion stimulante, là aussi, je n'y ai pas trouvé mon compte.

   On avance donc lentement, à coup de réunions successives de l'équipe entourant Ralf avec le producteur de l'émission, pour savoir si oui ou non elle va se poursuivre, mais globalement la narration tourne en boucle autour de la question qu'on se pose : Ralf vient-il ou non du futur ? Et Dieu sait que la réponse tarde à venir ! Quant aux sketches de Ralf, ils se suivent et se ressemblent, violentes diatribes sarcastiques à l'égard de cette "Bande de macaques" qu'est son public, celui qui va conduire l'humanité droit dans le mur.

   Pour pimenter le récit, on a droit aux interrogations mystiques d'Amanda, actrice mais aussi quêteuse du sens à donner à ce qui l'entoure et animatrice de stages New Age, quand elle ne participe pas à certains d'entre eux. A côté de cela, le lecteur de science-fiction français découvre avec consternation ses "homologues" (terme que vous jugerez totalement inadéquat une fois que vous aurez lu la suite) américains : la plupart obèses (l'auteur insiste si lourdement là-dessus qu'il m'est impossible de passer cette caractéristique sous silence), souvent déguisés, à l'occasion des conventions qui les réunissent, dans de grotesques accoutrements de personnages du domaine, les fans de SF donnent l'impression d'une population passionnée certes mais surtout pathétique. L'auteur essaie bien de rattraper le coup tout à la fin  mais, globalement, je pense que le lectorat (américain) en question appréciera l'image de lui qui lui est renvoyée, a priori sans second degré ...

   Venons-en maintenant au protagoniste évoqué plus haut : Foxy Loxy ! Régulièrement, le projecteur est braqué sur cette jeune fille, au départ juste une nana qui vit chez sa mère, travaille dans un snack minable et touche à la drogue de temps en temps, l'essentiel pour elle, c'est qu'elle maîtrise et ne vire pas junkie. Sauf qu'un jour, elle goûte au crack ; elle ne croit pas qu'on puisse être accro en n'y touchant qu'une seule fois mais la suite de son histoire va prouver le contraire : rien ne nous est épargné (sur un style qui, chaque fois qu'elle entre en scène, devient phonético-parlé-vulgaire et se dégrade autant qu'elle, j'vous raconte pas comment qu'ça devient soûlant eud'lire ça !) de sa descente vers le no man's land des paumés, sauf qu'on ne voit toujours absolument pas le rapport avec l'intrigue principale et il faudra attendre (patiemment) le milieu du livre pour qu' (enfin !) il apparaisse.

 

   Mélange de mysticisme New Age ("Le Temps du Rêve" et son irruption dans le quotidien et autres élucubrations...) et de thèmes de science-fiction rebattus (recyclage de poncifs SF sur les paradoxes temporels, sur le pouvoir de changement de l'infime sur le cosmique...), "Il est parmi nous" m'a donné l'impression que l'auteur diluait quelques vagues idées au fil des pages, dont celle relative au pouvoir supposé de la science-fiction de faire évoluer le monde en améliorant nos capacités de projection et d'anticipation. Le tout à la mode écrivain-de-L.A.-branché (même s'il n'y habite plus) donc agrémenté d'une bonne louche de show-biz, assaissonné d'un zeste de sex and drugs et saupoudré d'humour caustique. Pas de chance pour moi : la recette ne m'a pas convenu et je n'ai pas apprécié ce pavé, que j'ai trouvé fort indigeste.

 

   Le pire est, sans doute, qu'à aucun moment je n'ai pensé lire les propos de quelqu'un croyant réellement au pouvoir de la science-fiction pour changer les choses (j'ai dû être trop sensible à l'incommensurable autodérision de l'auteur et je n'y ai pas perçu de second degré). Or mes récentes investigations sur internet tendent à prouver que, bien au contraire, Norman Spinrad est convaincu du rôle possible que peut jouer la science-fiction, comme en témoigne son manifeste, intitulé  "La crise de transformation". Cette donnée, que j'ignorais au moment de ma lecture, ne peut cependant pas modifier mon jugement sur celle-ci : je n'ai pas ressenti la sincérité de l'auteur ni reçu le "message" véhiculé par son roman, qui m'a plutôt donné l'impression (à tort, semble-t-il) de relever d'un grand n'importe quoi, si bien que la mécanique du livre n'a pas fonctionné comme elle aurait dû.

 

Biblioman(u) , contrairement à moi, a été enthousiasmé par cette lecture ("Il est parmi nous" est un roman foisonnant, riche, aux pistes de lecture multiples".), dont il a notamment savouré l'humour ("fin, vachard et satirique...").

 

"Il est parmi nous", Norman SPINRAD

éditions Fayard (692 p)

 

   En janvier 2002, Sylvie Denis analysait ce roman, inédit en France :

 "Il est parmi nous n'est peut-être pas un roman de science-fiction au sens strict et absolu du terme. Il est très certainement quelque chose d'autre, peut-être même quelque chose de plus, en tout cas une oeuvre qui mérite autant d'être lue que quantité de pavés à épisodes qu'on nous sert ici et là à n'en plus finir...

   L'histoire y est secondaire, au sens où elle n'y repose pas sur une idée de SF éminemment nouvelle [...]. Ce qui importe avant tout à l'auteur c'est de mener une réflexion sur la science-fiction, sa place et son rôle en tant que littérature, son identité et celle de la culture de ceux pour qui elle est plus qu'un genre littéraire - les auteurs mais aussi et surtout leurs fans et leurs étranges coutumes, à cause de qui, toujours selon l'auteur, en dépit de leurs meilleures intentions, la SF demeure une sorte de mystère exotique pour le reste du monde littéraire, quand ce n'est pas pour le reste du monde tout court. [...]

   Ce que nous montre Norman Spinrad [...] c'est que, contrairement à ce qu'on nous dit parfois, apprécier la SF ne signifie pas qu'on "suspende son incrédulité", mais bien au contraire que l'on croie - naïvement, bêtement peut-être - à un certain pouvoir de la technoscience de transformer nos existences, à un avenir radicalement différent et, ma foi, aussi couillon que cela puisse paraître, meilleur. "

 

   L'avis du Cafard Cosmique :

"Avec l'ironie mordante qui lui est coutumière, Norman Spinrad nous revient donc avec un propos incisif et d'une rare intelligence. Il est parmi nous se révèle indéniablement comme une lecture diablement stimulante".

 

edit du 27/04 :

   L'avis de [off] french cokpit [on]

"Pénible, mal fichu, truffé de bonnes idées déjà exploitées ailleurs (souvent par Spinrad himself), Il est parmi nous ne décolle jamais et enlise son lecteur dans un ennui considérable. Reste l’humour sous-jacent, quelques scènes d’anthologie et deux ou trois moments de grâce. Pas assez cependant pour rendre acceptable un roman dont les deux tiers mériteraient de passer à la trappe. Une notable quantité d’importance nulle, comme dit l’autre. Et c’est dommage."

 

edit du 28/04 :

   La critique de Claude Ecken :

"La SF peut-elle sauver le monde ? C'est cette question qui domine, finalement, par-dessus toutes les autres. Et qui rejoint celle, plus générale, de savoir si une fiction peut avoir un impact sur le réel. Pour fantaisiste que la SF apparaît aux yeux des autres, elle a l'avantage de poser les bonnes questions et, de tenter d'apporter des réponses, peu importe si certaines d'entre elles sont farfelues, échevelées ou irréalistes car trop utopiques. Cependant répondre par l'affirmative serait présomptueux. Tout juste peut-on espérer qu'une fiction ait un impact suffisant sur des personnes susceptibles, elles, de changer le monde. "Ce qui est, est réel" ne cesse de répéter le roman. C'est donc à chacun d'agir selon ses convictions."

 

Commentaires

brize le 04-05-2009 à 13:01:40
C'est certain, pour susciter des réactions et des discussions... il en suscite smiley_id119168 Rire smiley_id1464855 !!!
BiblioMan(u) le 29-04-2009 à 16:12:56
En ce qui concerne ce livre, j'ai bien l'impression ques les avis sont très tranchés. Jusqu'à présent je n'ai pas vu d'avis mitigés. En tout cas , il va bien au-delà de la lecture détente et suscite bien des discussions. Comme quoi la SF bouge encore !
brize le 28-04-2009 à 12:26:56
@ Euh : La critique de Claude Ecken (que je rajoute en lien dans mon article) rejoint celle, élogieuse, de Sylvie Denis (parue d'ailleurs sur le même blog, "Génération science-fiction") que j'avais déjà mise en lien et dont j'avais repris une citation.

J'en reprendrai une autre, de Claude Ecken cette fois :

"La SF peut-elle sauver le monde ? C'est cette question qui domine, finalement, par-dessus toutes les autres.".

Apparemment, je ne suis pas la seule à considérer que cet aspect du roman est essentiel, comme Sylvie Denis le soulignait déjà.
Euh le 28-04-2009 à 09:54:39
Il me semble que le mot "archétype" apparaît assez souvent dans le roman pour que des explications soient superfétatoires.

Néanmoins:

http://fr.wikipedia.org/wiki/Arch%C3%A9type_(psychologie_analytique)


Je vois que vous avezr ajouté un extrait d'une critique faite par quelqu'un qui est totalement passé à côté du sens du roman. En voici deux faites par des gens qui, eux, ont mieux saisi:


Claude Ecken sur

http://generationscience-fiction.hautetfort.com/archive/2009/04/18/il-est-parmi-nous.html


"Ce roman n'est cependant pas un cri d'alarme écologiste de plus, cette problématique n'étant évoquée qu'en arrière plan. Son sujet est bien la science-fiction. Ce n'est pas un roman de science-fiction mais un roman sur la science-fiction, qui tente d'expliquer au profane sa tournure de pensée, si curieuse vue de l'extérieur, les mises en perspective qui sont les siennes et qui lui permettent de voir le monde selon un angle inédit mais qui peut être proteur de connaissance."


Stalker sur

http://www.cafardcosmique.com/phpBB2/viewtopic.php?t=4540&start=15


"Certains voient aussi le livre par le petit bout de la lorgnette, en se focalisant par exemple sur la question "du pouvoir de la SF à sauver le monde". Mais la réflexion est bien plus large que ça dans le roman, c'est un questionnement général sur le pouvoir du discours (scientifique, politique, religieux etc.) à influencer le monde. C'est pas nouveau certes, c'est une vieille question de philosophie politique, théorie révolutionnaire etc, mais elle est ici bien menée et appliquée au monde moderne des mass-médias."


yingyang
brize le 26-04-2009 à 15:48:45
@ Euh : J'ignore à quelle(s) donnée(s) du roman vous vous référez en évoquant ces "archétypes" (je ne sais pas si vous faites allusion aux différents types de publics sélectionnés pour les talk-shows de Ralf ou à quelque chose de plus général) et cela m'intéresserait de savoir quel est l'aspect fondamental du livre qui m'a échappé (sans compter que cela complèterait utilement mon article avec un commentaire éclairant pour ceux qui le lisent).

Je me doutais que la présentation des fans de SF était censée être drôle... mais elle ne m'a effectivement pas semblé telle (il faut dire qu'en matière d'humour les réactions sont souvent très diverses).
Euh le 26-04-2009 à 14:45:31
J'ai beau relire votre critique, je ne vois rien sur les archétypes. J'en conclus donc qu'un aspect fondamental du livre vous a échappé.

Je crois aussi que vous vous êtes méprise sur la description du fandom SF américain. Mais si vous ne l'avez pas trouvée hilarante et pertinente, je ne chercherai pas à vous convaincre.
brize le 26-04-2009 à 14:03:11
@ Euh : J'ai compris le texte, l'histoire proprement dite et le message transmis, (relatif, comme je le dis dans mon billet, au "pouvoir supposé de la science-fiction de faire évoluer le monde en améliorant nos capacité de projection et d'anticipation "). Simplement, j'ai trouvé que la manière de raconter affaiblissait tellement ce message qu'il ne m'a pas touchée, pas convaincue (alors que je ne demandais que ça, moi, d'être convaincue par un message de ce genre). Du coup, j'ai pensé que l'auteur racontait cette histoire comme quelque chose de totalement hypothétique, auquel il ne croyait pas vraiment lui-même...
Euh le 26-04-2009 à 12:59:10
Puisqu'il n'y a "rien de difficile à comprendre", comment se fait-il que vous n'ayez pas compris ?


yingyang
brize le 26-04-2009 à 11:31:18
@ SD49 : Ce roman m'a beaucoup déçue... et ennuyée !


@ Fashion : Je n'avais jamais rien lu de l'auteur et je ne suis pas certaine que celui-ci soit de la même eau que les précédents, si j'en crois les commentaires aperçus sur internet. En tout cas, aucun problème, ici, avec le style, ni même avec l'histoire : il n'y a rien de difficile à comprendre... c'est seulement long !
fashion victim le 25-04-2009 à 23:20:20
C'est un auteur qui ne m'a jamais accroché (impossible de me rappeler des deux titres de lui que j'ai lus), j'ai souvenir d'un style assez ardu.
SD49 le 24-04-2009 à 19:07:55
Je ne note pas celui là, en plus c'est un pavé !!!!!