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Titre du blog : Sur mes brizées
Auteur : Brize
Date de création : 23-04-2008
 
posté le 11-12-2009 à 17:38:50

"La sanction", TREVANIAN

     A trente-sept ans, le Dr Jonathan Hemlock, ancien alpiniste de renom, professeur d’art, s’avère aussi, à ses heures , l’exécuteur des contre–assassinats (= sanctions) d’un service d’espionnage (le CII) : de quoi arrondir ses fins de mois et lui permettre de satisfaire son goût immodéré pour les chefs d’œuvre de l’art pictural.

   Mais voilà que le CII lui confie une mission bien plus complexe que les précédentes : en effet, la cible n’est autre qu’un des trois membres d’une équipe d’alpinistes projetant de s’attaquer à ce sommet redoutable qu’est celui de l’Eiger.

   Hemlock va devoir reprendre l’entraînement et, surtout, espérer qu’on lui désigne avant le début de la course l’identité de l’alpiniste à exécuter !

 

   "La sanction" est un roman policier qui bénéficie d'une excellente presse, raison pour laquelle je me sens un peu obligée d'exposer, dans ce qui va suivre, ce qui a motivé ma déconvenue initiale.

   Un premier chapitre en forme de prologue, détaillé et prévisible, qui sent le cliché à plein nez, agrémenté d’une bonne dose d’humour…auquel je n’ai pas été plus sensible que ça.

   L’action se poursuit, entrecoupée d’une succession de retours en arrière sur la vie du héros : conclusion, on a affaire à un sociopathe dénué de toute conscience (mais ce n’est pas sa faute, le pauvre, il a eu une enfance difficile) et, partant, pas vraiment sympathique.

   Son attitude de séducteur à la James Bond et le contexte de guerre froide m’ont alors fait craindre d’avoir atterri dans un roman d’espionnage plus vraiment au goût du jour. Et même le décor de cinéma de l’église-demeure de Jonathan ne m’a pas rassurée (ladite église étant hantée, je le précise, par la jeune et belle voisine qui supplie régulièrement Jonathan de la déflorer, mais Jonathan résiste, non, les vierges, c’est pas son truc, le tout présenté comme un délicieux marivaudage...).

    Ajoutez à cela les figures caricaturales de Dragon (un albinos total ne pouvant que vivre dans le noir complet et dont l'état de santé nécessite des transfusions régulières… ce qui ne l'empêche pas d'être un grand manitou de l’espionnage, vous avez dit crédible ?) et celle de Mrs Cerberus, tous deux pendants du M et de Miss Moneypenny chez Ian Fleming et j’ai quand même fini par penser que l’auteur jouait sans doute dans le registre de la parodie (ne me dites pas que je suis longue à la détente : je croyais qu’il s’agissait d’un polar normal, sauf que je le trouvais plus mauvais que prévu !).

   Le problème, c’est qu’il n’y a parfois qu’un pas entre le pastiche et le grotesque et, à mon sens, il a été franchi lors de la rencontre entre Jonathan et une homologue espionne canadienne (Felicity Arce...), l’entrevue virant lentement mais sûrement à la partie de jambes en l’air, mais la discussion se poursuivant malgré tout, ponctuée seulement de gémissements féminins d’extase, parce que vraiment, le Jonathan, il assure (plus ridicule que ça, je n’ai jamais lu, mais, bon, chacun son sens de l’humour).

   Heureusement, cette mauvaise impression n’a duré qu’une soixantaine de pages. Est alors survenue une parenthèse imprévue qui a donné un petit supplément d’âme au héros (lequel en avait grand besoin) et, malgré son côté hyperréaliste (une enveloppe bourrée de billets traînant bien en évidence sur un bureau !), m’a raccrochée à l’histoire en me permettant d’accorder un peu d’attention à son principal protagoniste. Dès lors, j’ai suivi celle-ci avec intérêt, jusqu'à l'ascension proprement dite (qui ne représente que 40 pages, tout à la fin), point d'orgue du roman.

   Bilan globalement positif, donc : oui, c’est un bon polar, rythmé, avec du suspense et un dénouement surprenant.

   Malgré tout, Jonathan Hemlock, héros macho, cynique et quasi impitoyable, dont les considérations sur ses semblables sont la plupart du temps dénuées de toute aménité (chez lui, l’humour rime souvent avec le sarcasme et, à forte dose, ça lasse et donne surtout l’impression que le sens critique se double d’un ego bien dimensionné), est un personnage que je trouve globalement trop déplaisant pour envisager de le suivre dans d’autres aventures.

   Somme toute, rien d’étonnant à cela : même le plus grand séducteur ne peut plaire à tout le monde !

 

"La sanction", TREVANIAN

Editions Gallmeister (2007) – 335 p

Paru initialement aux éditions Robert Laffont en 1975.

 

   Lu et apprécié (entre autres)  par : Amanda, Choco Emeraude, Moisson Noire.

   Seul J.M. Laherrère (Actu-du-noir) fait état d’une "impression contrastée" : "[…] une fois le bouquin fermé, et l’excitation de l’intrigue passée, il laisse un arrière goût assez désagréable. Trevanian (et son personnage) n’aiment personne (ou si peu) et regardent la pauvre humanité qui les entoure avec mépris et morgue. Cela pourrait être nécessaire à la cohérence du personnage qui n’est pas particulièrement sympathique, si l’auteur ne se laissait pas aller de temps à autre à des schématisations plus que limite (les allemands sont ceci, les suisses cela…). A sa décharge, il faut reconnaître que sa misanthropie est complète, et que ni ses compatriotes américains, ni son gouvernement n’échappent pas à son dédain et à ses critiques.

Une sanction prenante, cynique, intelligente, misanthrope et glaciale comme l’ascension de la face nord de l’Eiger."

 

Commentaires

brize le 25-12-2009 à 22:21:11
Choco, je sais bien... mais son style d'humour ne m'a pas vraiment charmée Triste1 !
Choco (et son grenier) le 25-12-2009 à 22:03:03
Damned ! tu n'as pas apprécié Jonathan ! J'ai trouvé que c'était ses sarcasmes qui donnaient le sel à ce roman !
brize le 13-12-2009 à 15:39:13
@ Amanda : Je ne demandais qu'à aimer, globalement s'entend (et je t'assure que je me suis efforcée de remettre ce roman dans son contexte), mais je ne suis parvenue à apprécier que l'intrigue (et la montagne !) smiley_id118873 !


@ Cathulu et Aifelle : Tant mieux Sourire1car le but n'était pas du tout de dissuader quiconque de le lire mais seulement de rendre compte de ma (très personnelle) perception de ce roman smiley_id119184 !
Aifelle le 12-12-2009 à 07:06:44
Voilà le premier avis assez tiède que je lis sur ce roman. J'ai toujours envie de le lire pour voir par moi-même de quel côté je vais balancer ..
cathulu le 12-12-2009 à 06:18:19
Ton bémol n'en rend que ce roman plus attractif: histoire de se faire une opinion !Sourire
amandameyre le 11-12-2009 à 21:20:04
ahhh.. mais ce que tu n'as pas aimé, c'est ce que j'ai aimé !!! La sanction a été écrit en 1972, ne l'oublions pas Sourire Certes, Ms Money Penny existait déjà, de même que M..., oui, la vierge qui tenait tant que ça à être déflorée est caricaturale, mais tellement tordante, vu l'époque... Clin doeil) oui, Jonathan est un dieu du sexe (grâce à ses "yeux" ?!!), mais je l'ai trouvé bien "troussé" et j'ai bcp aimé son cynisme, et je trouve qu'au final, il y a aussi et surtout, des pointes bien salées sur les organisations secrètes, les voyeurs, la société de l'époque...


Bon, allez, je le garde pour moi !!