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Titre du blog : Sur mes brizées
Auteur : Brize
Date de création : 23-04-2008
 
posté le 21-02-2010 à 11:34:59

"Léna et les trois femmes", CHRISTIN et JUILLARD

 Avertissement : cet album fait suite au "Long voyage de Léna" ; si les deux histoires peuvent être lues indépendamment, je recommande cependant de commencer par la première (et dans ce cas, il vaut mieux ne pas lire ce billet) avant d’aborder ce volume, qui en donne la clé lorsqu’il en rappelle la teneur.

 

   Après la mission qu’elle a accomplie (voir « Le long voyage de Léna »), Léna a trouvé refuge en Australie, où elle vit en compagnie de Rob et de son fils Danny.

   Mais les services secrets français la contactent à nouveau, pour une mission d’infiltration spéciale, qui va l’amener à côtoyer trois femmes participant au combat mené par le Djihad islamique

 

   Pari risqué que de faire une BD centrée sur le thème de l’Islam radical. Mais le ton de Christin ou plutôt celui de son héroïne et narratrice, Léna, est cette fois encore suffisamment distancié pour que l’album réussisse à aborder sans faux pas un sujet aussi sensible.

   Léna n’est plus mue par une motivation personnelle, comme cela pouvait être le cas au cours de sa première mission (conçue au départ comme devant être la seule), mais par une préoccupation altruiste. Et elle met les pieds, en toute connaissance de cause, dans une organisation qui, par le biais de son regard, nous est présentée dans son fonctionnement technique et sa démarche spirituelle : convictions idéologiques mises en avant ainsi que leurs relais (chefs de guerre, chefs religieux, un psychiatre aussi). Il n’y a pas, et c’est la force du propos, de jugement proféré : c’est au lecteur d’observer, ainsi que Léna, et de tirer ses propres conclusions, à partir du cas concret qui lui est exposé.

   De même que dans "Le long voyage de Léna", le rythme est lent, avec des phases d’attente, comme si l'objectif visé justifiait le temps passé par les combattants à patienter avant l’action. Mais la tension est présente.

   Le personnage de Léna demeure une belle figure de femme hantée par son passé et capable de s’abstraire du monde extérieur, tendue vers le but fixé. On pourrait regretter que ceux de ses trois compagnes mentionnées dans le titre ne soient pas davantage fouillés, mais la vraisemblance du scénario ne permettait sans doute pas de le faire : ces femmes sont là pour exécuter une mission, elles sont fermement encadrées, Léna aussi, ce qui n’offre pas de place aux épanchements personnels ; on ne connaît donc d’elles que ce qui peut être discerné et deviné au travers de leurs propos et de leurs attitudes.

 

   "Léna et les trois femmes" est un album dont l’efficacité est réelle car il ne peut laisser son lecteur indifférent. Je ne sais pas s’il était nécessaire, comme l’ont jugé ses auteurs, de faire revenir Léna pour traiter son thème (mais c’est vrai aussi que tout passe par son point de vue…) : "Le long voyage de Léna" se suffisait en effet à lui-même et il n’y a plus, dans ce nouvel opus, cette énigme à résoudre que représentait l’étrange comportement de Léna si bien que la progression m’a semblé encore plus linéaire que dans le premier.

   Mais l’éclairage fourni sur les réseaux du terrorisme international (je pense à la préparation de Léna à sa mission) et certains de ses mécanismes est sans conteste intéressant et le suspense, malgré tout, présent. Quant au graphisme, une fois de plus, il est à la hauteur, le dessin de Juillard renforçant le caractère réaliste de l’ensemble.

 

Ci-dessus, planche originale de l'album, à l'encre de chine et à l'encre de couleur (photographiée dans cette exposition) - cliquer pour agrandir.

 

"Léna et les trois femmes", Pierre CHRISTIN et André JUILLARD

Editions Dargaud

Paru en octobre 2009

 

Commentaires

Sassenach le 01-03-2010 à 16:52:38
Je note les deux albums (même si je n'ai pas lu ton deuxième billet vu que tu as mis un avertissement au départ). J'espère que je les trouverai à la biblio Sourire
brize le 22-02-2010 à 20:42:45
@ Aifelle : Oui, on peut aborder tous les thèmes en BD comme dans la création artistique en général, mais tout est dans la manière de le faire.

Au sujet de « Ce qui était perdu » :

Peut-être que je m’attendais à quelque chose proche du thriller, or ce n’en est pas un. D’emblée, j’ai été un peu déconcertée en constatant que la partie centrée sur la petite fille, Kate, prenait autant de place (100 pages, je crois). Mais j’en ai pris mon parti et j’ai apprécié le ton de la narration. Du coup, lorsqu’il y a, de manière abrupte, le saut temporel qui mène au moment présent, 19 années après sa disparition, j’ai été un peu déçue et je n’ai plus eu la patience de reprendre mes marques avec les nouveaux protagonistes.

J’ai jeté un œil à la fin et elle m’aurait un peu déçue, je pense.

Je crois aussi que ça ne devait pas être le bon moment pour ce roman car, depuis « Zola Jackson », tout me tombe des mains (le billet de demain concernera un livre lu avant)…
Aifelle le 22-02-2010 à 09:14:15
Je pense qu'on peut aborder tous les thèmes en BD, c'est d'autant plus important que c'est une forme qui touche plus les jeunes. J'espère qu'il est à la bibliothèque.

C'est dommage pour "ce qui était perdu" j'avais été sensible à l'atmosphère de ce roman.