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Titre du blog : Sur mes brizées
Auteur : Brize
Date de création : 23-04-2008
 
posté le 12-05-2010 à 07:53:39

"D'Artagnan à New York", Ariane DAGUIN

     Fille du célèbre chef André Daguin, qui officiait dans le Gers, à Auch, Ariane Daguin, quitte la France à 18 ans, en 1977, pour l’aventure américaine.

   Arrivée aux Etats-Unis comme jeune fille au pair pour faire des études de journalisme, elle les abandonne au bout d’un an et se lance dans le commerce des produits français issus du terroir.

« Je découvris avec bonheur que les caractéristiques physiques dont m’avait dotée la nature – et que jusqu’ici je trouvais un peu encombrantes pour une jeune fille – se révélaient de précieux atouts dans mon métier. Avec mon mètre quatre-vingt, ma carrure de sportive, une voix rodée par les chansons de fin de banquet, et une santé de chêne, je ne passais pas inaperçue dans ce pays de pionniers où les femmes doivent, dans le business, s’imposer comme des hommes. Et puis, j’avais cet accent français que les anglophones trouvent so sexy, la langue bien affûtée, et une familiarité avec les garçons forgée à chaud par la fréquentation des équipes de rugby, des chasseurs de sangliers et du bizutage des commis de cuisine récurrent dans tout le Sud-Ouest. »

   Tout d’abord employée aux Trois petits cochons, elle donne, avec un ami américain devenu son coéquipier, George, une telle dynamique à cette petite charcuterie-traiteur que celle-ci se développe de manière spectaculaire. En même temps, Ariane galère pour obtenir la fameuse carte verte qui lui octroiera l’autorisation officielle de travailler aux Etats-Unis.

    Elle finit par l’obtenir au bout de sept ans et crée alors, toujours avec George, D’Artagnan, une entreprise de réalisation et commercialisation de produits de bouche gascons (au départ, car elle étendra sa gamme ensuite), à partir d’élevages américains, dont le fameux foie gras, jusque là inconnu aux Etats-Unis. D’Artagnan, qui impose à ses fournisseurs un cahier des charges garantissant la qualité de la filière de A à Z, connaîtra un essor prodigieux (l'entreprise compte actuellement 123 employés).  Mais avant de se heurter, plus récemment, aux lobbys exigeant l’interdiction de vente du foie gras, c’est avec George qu’Ariane rencontrera ses plus sérieuses difficultés.

 

   Ariane Daguin est une femme directe, cela se sent d'emblée au ton enlevé de sa biographie, qui nous donne l'impression qu'elle est là, en face de nous, à nous faire ce récit.

   Celle qui n’hésite pas à se coiffer d’un chapeau de mousquetaire et fut, à sa manière, une pionnière, est une bonne vivante qui aime faire la fête avec ses amis ou ses collègues. Mais c’est aussi et surtout une fonceuse qui ne se laisse jamais abattre, même lorsque des obstacles imprévus surgissent sur son chemin et une travailleuse infatigable, présente sur tous les fronts, comme pendant les quatre années où, en plus de D’Artagnan, elle géra un petit restaurant vitrine de l’entreprise.

   Sans vouloir prendre parti sur la question du gavage des oies ou canards ( là n’est pas mon propos, même s’il en est question dans le livre), ce qui m’a intéressée, c’est le parcours de cette femme, de ma génération (et si j’ajoute que j’ai vécu deux ans à Auch quand j’avais une vingtaine d’années et passais tous les jours devant le restaurant de son père, L’Hôtel de France, et que mes activités professionnelles ont été pendant un temps liées à la restauration, vous comprendrez encore mieux pourquoi j’avais envie de découvrir son livre) qui n’avait pas froid aux yeux et dont l’esprit d’entreprise me laisse admirative !

   De cette existence menée et retracée tambour battant, je retiendrai notamment, outre les aspects déjà évoqués plus haut :

- une enfance dans un hôtel tenu par les membres de la famille (dont le pater familias, distant par rapport à sa fille, ce qui n’est pas étranger à sa décision de quitter la France) que l’auteur compare à celle d’« Eloïse », la petite fille qui habite au Plaza, dans les livres de la série éponyme

- une éducation ancrée dans le terroir gascon et ses traditions culinaires, dont elle garde une empreinte profonde, au-delà de l’accent, avec en particulier une grand-mère à laquelle elle était très attachée

- l’amour de sa vie, de 20 ans plus âgé et un bébé de lui mais sans lui

- un témoignage marquant du 11 septembre

- l’importance des réseaux et des lobbys dans les instances législatives des états américains

- les remarques in fine sur les relations personnelles avec les Américains

   Finalement, le seul reproche que je pourrais faire à cette biographie est d’être trop courte car on se dit qu’il y aurait eu matière à en raconter bien davantage (voire à en faire un roman !). Mais mieux vaut une sensation de trop peu que de trop (comme quand on sort de table et je pense que l’auteur apprécierait le parallèle) et les anecdotes rapportées valent le détour.

 

   Au travers de l’histoire d’une Gasconne à l’énergie pas possible, "D’Artagnan à New York" évoque aussi l’émergence et l’installation du bon goût culinaire français aux Etats-Unis, dont Ariane Daguin est une figure emblématique, une figure qui ne manque pas de panache !

 

 

"D’Artagnan à New York", Ariane DAGUIN (avec la collaboration de Jean-Michel Carradec’h)

Editions Grasset (256 pages, émaillées de quelques recettes tout à fait dignes d’intérêt !)

Paru en avril 2010

 

Repéré dans L’Express

 

Commentaires

brize le 25-05-2010 à 20:59:06
@ Chiffonnette : Je me rends compte que j'ai tendance à aller vers les biographies quand je suis un peu lasse des romans et j'ai trouvé que celle-ci valait le détour.
chiffonnette le 21-05-2010 à 18:45:00
Je ne suis as très adepte des bio, mais l'expérience est vraiment intéressante en tout cas!
brize le 16-05-2010 à 20:45:08
@ Gwenaëlle : Oui, c’est aussi une lecture pour les gastronomes !


@ Mango, Aifelle et L’or des chambres : Je lis peu de biographies, mais celle-ci m’a tentée et une vie comme celle-ci est vraiment intéressante à découvrir !


@ Djemaa : A bientôt !


@ Ys : Y’a plus qu’à espérer que ton cri du cœur soit entendu !
Ys le 15-05-2010 à 22:28:20
Je profite de ton post pour passer une annonce : je vais en Écosse cet été, y'a pas un Français qui voudrait ouvrir une boulangerie là-bas d'ici là parce que franchement, ces grands Bretons, ils ne font pas d'efforts non plus !
Djemaa le 14-05-2010 à 10:52:57
Bonne fin de semaine ! Merci pour ces beaux textes ! Pascal.NineNine
L'or des chambres le 13-05-2010 à 19:21:40
Je ne connaissais pas du tout ce livre... Tu as le mérite d'aiguiser ma curiosité... J'irais feuilleter ça dans ma librairie chérie

Bonne fin de semaine
Aifelle le 13-05-2010 à 10:33:57
Je n'ai pas entendu parler de ce livre, mais c'est toujours intéressant les personnages dynamiques et créatifs. Cà nous change un peu des plaintes ambiantes.
mango le 12-05-2010 à 17:26:05
J'aime beaucoup ces récits de vies réussies écrits par des personnes aussi dynamiques et entreprenantes!

Qu'elles soient célèbres ou pas d'ailleurs. Je sors toujours ragaillardie d'une telle lecture!
Gwe(naelle) le 12-05-2010 à 08:25:00
Voilà un choix de lecture original qui donne envie de se mettre à table! ;-)