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Titre du blog : Sur mes brizées
Auteur : Brize
Date de création : 23-04-2008
 
posté le 18-05-2010 à 18:10:43

"Etranger à Berlin", Paul DOWSWELL (avis adulte + avis ado)

    Piotr Bruck a treize ans. Il est Polonais mais de mère allemande et maintenant orphelin car ses parents sont morts lors de l’invasion de la Pologne par les Allemands.

   Au sein de l’orphelinat où il se trouve, des docteurs allemands procèdent à une sélection des enfants en fonction de leur type racial. Or Piotr est, physiquement, le prototype du jeune garçon aryen.

   C’est ainsi qu’il part pour Berlin, où il est accueilli au sein de la famille du professeur Kaltenbach. Désormais prénommé Peter, il s’intègre à la vie quotidienne de sa nouvelle famille, participe, comme tous ceux de son âge, au mouvement pour la jeunesse hitlérienne et fait aussi, incidemment, la connaissance de Lena Reiter…

 

 Mon avis :

  J’ai tiqué, au départ, sur l’acceptation sans réserve de Piotr dans la communauté allemande : lisant et relisant le passage évoquant son ascendance, je n’y voyais qu’un quart de sang allemand (le père de sa mère) et beaucoup de sang slave (son père est Russe), du coup je ne comprenais pas que le type physique aryen du héros ait suffi à l’emporter. Je n’ai pas non plus trouvée très claire l’explication concernant la vie et de la culture mi-allemande, mi-polonaise de la famille, mais, bon, ces données représentant le postulat de départ, je les ai acceptées.

   Plongée au cœur de la vie quotidienne ordinaire d’un adolescent (pas tout à fait) ordinaire, "Etranger à Berlin" permet de découvrir de l’intérieur une période clé de l’histoire du peuple allemand. Très vite, on se rend compte de la peur qui règne au sein même des foyers, celle de voir ses propos, s’ils ne correspondent pas à la voix officielle du parti national-socialiste, dénoncés par ses propres enfants auprès des instances habilitées. Chacun se musèle, la parole est contrainte et il faut vraiment être sûr de la personne à laquelle on s’adresse pour oser formuler ne serait-ce qu’une esquisse de critique. Placée sous la loi du silence, la population, si elle n’est pas toujours intimement convaincue (mais, du coup, impossible de le savoir vraiment), est docile. Car les risques courus par ceux qui sortent des rails sont connus de tous : l’ombre de la Gestapo et des châtiments infligés, pouvant aller jusqu’à la guillotine, terrorise quiconque aurait des velléités de rébellion.

   Parvenir à rendre compte de ce climat, où même la musique et les danses de jazz sont strictement prohibées car incompatibles avec l’idéologie d’une race forte, est assurément un point fort du roman.

   Dans ce cadre se meuvent des personnages, le héros en tête, dont les comportements sont parfaitement vraisemblables. Peter ne demande qu’à être convaincu que l’Allemagne, son pays d’accueil, va lui convenir, après les drames qu’il a connus. Son oncle d’adoption, le professeur Kaltenbach, lui paraît même, malgré ses activités professionnelles douteuses, d’un commerce plus agréable que ne l’était son père.

   C’est progressivement que Peter découvre les secrets dissimulés par chacun en même temps qu’il supporte de moins en moins les restrictions aux libertés individuelles.

   Le récit décrit deux ans de sa vie pendant lesquels il grandit et mûrit dans un contexte particulièrement difficile, aiguisant son jugement au fil des incidents jalonnant son chemin. La narration est enlevée et on ne s’ennuie jamais car l’angoisse en permanence nous étreint, de ce que nous savons ou pressentons.

   Roman prenant, aux personnages crédibles et attachants, "Etranger à Berlin" nous lie à eux dans leur trajectoire au cœur d’un pays dans les ténèbres : à ce titre, il est sans doute un excellent moyen, pour des adolescents, d’illustrer les connaissances historiques acquises (Hitler au pouvoir, le nazisme, l’eugénisme, la seconde guerre mondiale) au travers de destins individuels et d’appréhender ainsi, de manière réaliste et critique, le fonctionnement interne d’une dictature (avec son chef et son idéologie) et les moyens dont elle use pour s’imposer à tout un peuple. Le plaisir de la lecture se conjugue ainsi avec l’intérêt culturel et intellectuel, de quoi rendre ce roman tout à fait recommandable !

 

   Et maintenant, comme cela avait déjà été le cas avec "Hunger Games", l'avis d'une représentante (âgée de 15 ans) du public ciblé, puisqu'il s'agit d'un roman jeunesse : place donc à Fräulein Ariane (qui n'avait pas lu mon billet avant de rédiger son avis... je le précise car ils se rejoignent au moins sur certains points)  !

 

L'avis d'Ariane :

   "Etranger à Berlin" est un habile mélange entre aventure et réflexion. On se retrouve plongé avec Piotr dans l’Allemagne nazie, et nous découvrons donc avec lui la fascination aveugle que voue le peuple à son Führer. Si celle-ci a été relatée encore et encore durant les cours d’Histoire ou les différents articles que l’on peut lire à propos de la Seconde Guerre, elle parvient encore à nous étonner –et à nous effrayer.    

   L’intérêt majeur du livre se trouve dans cette immersion au cœur du quotidien d’une famille de l’époque. On finit peu à peu par comprendre l’incompréhensible, par saisir la façon dont le « bourrage de crâne » était alors organisé.
   La première partie du roman est, de mon point de vue, la plus intéressante et la plus instructive. Mais si elle m’a paru tout à fait crédible, la suite m’a moins convaincue car les choses m’ont paru de plus en plus forcées.
   En outre, malgré une lecture agréable et même prenante, j’avoue être légèrement restée sur ma faim, ayant regretté de ne pas voir le déroulement de la fin de la guerre.

 

"Etranger à Berlin", Paul DOWSWELL

Editions Naïve (430 p)

Paru en septembre 2009

Livre reçu dans le cadre du partenariat jeunesse de BoB avec les éditions Naïve

 

L'avis d' Emmyne (et de sa lectrice de 15 ans).

 

Commentaires

Nanne le 15-06-2010 à 20:31:36
C'est un ouvrage que j'avais repéré une première fois chez Clarabel et noté, puis chez Emmyne en lecture commune avec son ado, et toi maintenant avec Fräulein Ariane ! Et toutes ont été emballées par cette lecture et cette vision de la 2e GM vu sous le prisme de ces enfants volés à leurs familles ... A surligner, maintenant !
brize le 25-05-2010 à 06:53:57
@ Stephie : Je pense qu'il te plaira !


@ Theoma : Non, tu ne peux pas dire ça ici, puisqu'il est sorti déjà depuis septembre 2009 Sourire !
Theoma le 20-05-2010 à 23:04:44
Aïe ! Je sens que je suis cuite ! Trop de sorties à la fois ! Stooooooop !
Stephie le 20-05-2010 à 13:08:51
Il est sur ma PAL, je te ferai signe quand je l'aurai lu Clin doeil
brize le 20-05-2010 à 09:23:38
@ Emmyne : Tu me connais, je suis une chipoteuse dans l’âme !

Pour la fin, je ne peux pas entrer dans les détails sans spoiler, mais Ariane était dubitative quant à la manière dont ça avait tourné, alors que moi j’ai trouvé tout vraisemblable jusqu’au bout. Et je n’ai pas non plus regretté que ça s’arrête ainsi, le but était atteint.

Quant à une autre lecture à 4, why not… mais on a intérêt à bien choisir pour motiver nos troupes, comme dit Ys !


@ Ys : C’est un chipotage tout léger, car après, no problemo ! (et pour la lecture commune, ça tombait bien car je savais que la Miss s'intéressait beaucoup à cette période et j'avais déjà repéré le roman en librairie ; sinon, je ne dis pas qu'elle serait partante à tous les coups !).


@ Aifelle : Oui, du côté adulte, il n’est pas indispensable.


@ Mango : Elle avait même ouvert un blog il y a deux ans mais elle l’a abandonné, faute de trouver des comparses de son âge. Elle y reviendra peut-être un jour, qui sait ?

En attendant, partager quelques unes de nos lectures est toujours agréable.


@ Clara : Une lecture qui correspond pile poil au programme de troisième.
clara brest le 19-05-2010 à 07:09:15
Je vais parler de ce livre à mon Ado..
mango le 19-05-2010 à 07:07:13
Félicitations à Fräulein Ariane , si jeune et déjà si bonne lectrice! Excellentes ces lectures à deux!
Aifelle le 19-05-2010 à 06:45:00
J'ai déjà pas mal lu sur le sujet et celui-ci ne me paraît pas indispensable, je passe ..
Ys le 18-05-2010 à 21:35:12
Vous avez bien de la chance mesdames, moi j'ai renoncé à motiver mes troupes, trop lymphatiques décidément... Mais ce livre-là, je le note, même si tu chipotes !
emmyne le 18-05-2010 à 21:15:52
J'arrive...Ben voilà, il a fallu que tu chipotes quand même un peu...Sourire. Bien d'accord avec toi sur le rythme prenant du récit, sur la crédibilité et sur le témoignage du fonctionnement des dictatures sur la peur, la surveillance permanente. Ma fille a trouvé la fin un peu rapide aussi, mais cela ne l'a pas gênée. Pour ma part, je ne suis pas certaine que si le récit était allé jusqu'en 1945, cela aurait apporter plus.

C'est toujours un plaisir de chipoter en ta compagnie, nous devrions nous organiser une nouvelle lecture commune à 4 filles ( tu crois qu'elles vont nous maudir Sourire