VEF Blog

Titre du blog : Sur mes brizées
Auteur : Brize
Date de création : 23-04-2008
 
posté le 27-06-2010 à 16:27:57

"La machine à différences", William GIBSON et Bruce STERLING

Quatrième de couverture :

Imaginez des ordinateurs en plein XIXème siècle, des ordinateurs composés de roues dentées, de bielles et de leviers, mus par la vapeur. Des Machines à Différences, imaginées par Charles Babbage, aidé de Lady Ada Byron, la fille de Lord Byron lui-même, oui, le Premier Ministre de Sa Majesté la Reine Victoria.

En 1855, l’Histoire a pris un autre cours. Les industries se développent avec frénésie. Des transports sous-terrestres sillonnent Londres en proie à la pollution, aux courses automobiles et au chômage technologique. L’Empire britannique, gouverné par les scientifiques et les industrialistes, est plus soucieux de technologie que d’aventures outre-mer.

 

Edward « Leviathan » Mallory, explorateur des terres sauvages d’une Amérique du Nord divisée par les guerres, se voit remettre par Lady Ada un mystérieux paquet de cartes mécanographiques. Dès lors sa vie est en danger. Avec l’aide inattendue de Sybil Gerard, femme déchue, fille d’un célèbre agitateur qui poussait à la destruction des Machines et de Laurence Oliphant, diplomate ou plutôt espion de la reine, il va commencer à comprendre quel est le sens de ces cartes. Un enjeu planétaire, le contrôle de l’information.

 

   La quatrième de couverture donne une vision d'ensemble du roman qui n’apparaît que très progressivement au fil de la lecture et pour peu que le lecteur, comme moi, l’ait complètement oubliée, il se demande où les auteurs veulent en venir. C’est en effet à lui de la reconstituer à partir de quatre séquences narratives, nommées « itérations », clôturées par un corpus d’annexes diverses intitulé « Modus ». Le dessin de l’intrigue ne se révèle que tardivement, sans dissiper totalement une certaine impression de touffu/confus dans son déroulement (appréciation n’engageant que moi évidemment), malgré les éclaircissements fournis pour qu’on en perçoive toutes les ramifications.

   Par ailleurs, j’ai regretté de voir disparaître de manière abrupte le personnage (intéressant) de Sybil, héroïne de la première « itération » qu’on ne retrouve qu’accessoirement, tout à la fin. Et si on se focalise ensuite sur Edward Mallory, personnage lui aussi tout à fait digne d’intérêt, c’est là encore pour le quitter (même si ce n’est pas complètement) de manière tout aussi abrupte, après un (long) bout de chemin en sa compagnie. Bref, j’ai trouvé le procédé un peu frustrant.

   Pour le reste, voilà un roman qui devrait plaire aux amateurs de lectures victoriennes, parce que là, et c’est une des caractéristiques du courant SF steampunk auquel l’ouvrage appartient, on est en plein dedans !

   Epoque, cadre (même détourné puisqu’il s’agit d’une uchronie), codes narratifs (intrigue complexe, nombreux personnages, narration n’hésitant pas à fourmiller de détails descriptifs), langue utilisée et réflexions des protagonistes, « La machine à différences » lorgne à fond du côté du roman victorien. Et à fond aussi du côté des distorsions que les auteurs font subir à la vérité historique, y compris celle des nombreux personnages ayant réellement existé (Lord Byron et Ada Byron, Charles Babbage etc.), pour lesquels, faute de connaissances suffisantes, il m’est arrivé d’aller farfouiller à la recherche de notices biographiques (j’ignorais par exemple qu’Ada Byron était une brillante mathématicienne, que Babbage avait effectivement inventé l’ancêtre de l’ordinateur connu sous le nom de "machine à différences"… oui, je sais, honte à moi pour toutes ces lacunes dans ma culture !) pour retrouver ce qui avait enclenché les manipulations romanesques sur le mode ludique du « et si… ».

 

   Au final, « La machine à différences » est un roman qui me laisse une impression ambivalente. Je l’ai lu sans déplaisir, mais comme un roman d’aventures original plus que comme un roman de SF, du fait de son aspect victorien et aussi parce que les réflexions suscitées par cette Histoire revisitée ne dépassent pas, pour moi, le parallèle manifeste avec notre époque moderne or j’attends d’un roman de science-fiction qu’il m’interpelle davantage que cela (et pas seulement par sa construction).

   Je conserverai de cette lecture le souvenir de quelques visions d’ensemble ou de détail convaincantes et particulièrement spectaculaires : Londres et ses Palais dédiés à la Science (je me les représentais comme ceux des Expositions Universelles), Londres sous le règne de la Puanteur, le Zéphyr, ce vapomobile ultraperformant etc.

   Et je suis satisfaite d’avoir assouvi ma curiosité pour un genre littéraire que je ne connaissais que de nom, le Steampunk (encore que, renseignements pris ici, je me dis que, telle monsieur Jourdain qui faisait de la prose sans le savoir, j’avais déjà lu ou vu un peu de Steampunk sans en avoir conscience), complétant ainsi ma connaissance du domaine de la science-fiction.

 

« La machine à différences », William GIBSON et Bruce STERLING

Paru en 1991 - Traduit en français en 1997

Réédité par Robert Laffont, collection Ailleurs et Demain, en mai 2010 (461 p)

 

Commentaires

GeishaNellie le 19-09-2010 à 23:00:52
Huum me rappelle un peu la série de Philip Pullman, À la croisée des mondes. Normale, tous les deux sont du steampunk.
brize le 03-07-2010 à 18:16:51
@ Pincureuil et Harfang : Si ça se trouve, vous êtes dans le même cas que moi et avez déjà lu ou vu des œuvres appartenant à ce courant de la SF sans le savoir (voir les exemples donnés dans l’article de Wikipédia que j’ai mis en lien).
harfang le 01-07-2010 à 11:00:55
je ne connais pas non plus ce style steampunk mais ton article m'a donné envie d'aller voir ça de plus près.
Pincureuil le 29-06-2010 à 12:09:48
Et bien tu me fais également découvrir ce qu'est le "steampunk!"
brize le 28-06-2010 à 19:25:02
@ Manu : Je trouvais l’histoire tellement difficile à présenter (surtout si je me limitais, comme je le fais d’habitude, aux 50 premières pages), que je me suis rabattue sur la quatrième de couverture, en me disant qu’elle serait plus à même d’en donner un aperçu global…

Le roman t’intéresserait, je pense. En tout cas ça vaudrait le coup de tenter à l’occasion, d’autant que mes réserves ne seront pas forcément les tiennes.


@ Gwenaëlle : Oui, c’est marrant, j’ai vu ça !
Gwe(naelle) le 27-06-2010 à 19:50:11
C'est un genre qui ne me tente pas trop... Coincidence : Il était proposé en partenariat chez Bob aujourd'hui...
manu-- le 27-06-2010 à 19:32:28
Après avoir lu ton billet, je me dis que ça pourrait me plaire plus que ce que la quatrième laissait penser. A vrai dire, je n'ai rien compris à la quatrième, même après plusieurs lectures !